Amphithéâtre de Québec ou Comment développer la ville de Québec à l’envers

Nouvel amphithéâtre
Autres photos ci-dessous: gracieuseté

Est-ce qu’un amphithéâtre de sport professionnel peut à lui seul stimuler un réaménagement urbain d’importance ? C’est une question qui m’apparaît légitime après un investissement de près de 400 M $ d’argent public dans un quartier en manque d’amour.

20150729_161658_resizedDes exemples concrets, comme celui du quartier Navy Yard à Washington, tendent à démontrer qu’un tel équipement sportif peut devenir un ingrédient important d’un effort de développement. Toutefois, l’arrivée du nouvel amphithéâtre américain a été sagement planifiée et intégrée à des échelles plus vastes de la ville : nouveaux logements, transport en commun, nouveau quartier d’affaires, requalification des lieux délaissés, mise en réseau des espaces publics, la totale quoi !

Les ingrédients du succès

C’est en 2006 que débute la construction de ce nouveau stade de baseball qui doit accommoder les Nationals (feu les Expos). Le projet est majeur et marquera une grande portion de la ville par son importance. Le stade n’est pourtant pas une fin en soi. En effet, dès 2004, une immense parcelle industrielle de 42 acres est désignée comme lieu de reconversion par les autorités locales. Dès lors, un vaste réseau d’espace public est mis en place le long de la rivière Anacostia, jusque-là occupée par des installations militaires.20150729_160830_resizedÀ terme, le projet, qui est déjà très bien lancé à l’époque, prévoit la construction de 2800 nouvelles unités de logement, des bureaux et des espaces commerciaux, le tout arrimé au réseau de transport en commun. Le secteur public investit un milliard de dollars ; le privé, le double.L’amphithéâtre de baseball, lui ? Une petite partie du casse-tête. Et aucun stationnement de surface, en prime ! Oui oui, vous avez bien lu, le stade peut accueillir 41 800 spectateurs et aucun espace au sol ne sera perdu pour les véhicules.20150728_121254_resized_1Espace public à découvrir, le Yards Park est au cœur d’un développement soutenu qui dure depuis maintenant déjà dix ans. Un bassin d’eau, une promenade au bord de la rivière et des larges trottoirs ont permis à la vie urbaine d’y fleurir. Aujourd’hui, l’espace bourdonne, les jeux d’eau débordent d’enfants, les terrasses sont remplies et le cinéma en plein air est devenu un incontournable. Il y a même une patinoire, l’hiver.

Pendant ce temps…

À Québec, on attend toujours la présentation d’un plan de design urbain cohérent autour de l’amphithéâtre qui s’arrimera aux quartiers environnants. Pourtant, les ingrédients sont là ; reste à les mettre en valeur. Les espaces verts autour de l’amphithéâtre sont nombreux, mais clôturés ou cernés de stationnement de surface. La rivière Saint-Charles et son parc linéaire sont à quelques pas, mais paraissent inaccessibles. Le parc immobilier est vieillissant mais accessible, et pourrait donc subir des transformations importantes si on s’y mettait.Le cas de Navy Yard à Washington semble presque un succès story à l’américaine tant on a de la difficulté à se l’imaginer à Limoilou. Il aurait peut-être fallu commencer par faire la ville autour de l’amphithéâtre avant de faire celui-ci !?[ À lire aussi : Un Colisée égaré sur une mer d’asphalte… ]