Élections 2015 : Rencontre avec Raymond Côté (NPD)

2015-09-15-elections-npd-raymond-cote-ml-02En route vers le scrutin fédéral du 19 octobre prochain, Monlimoilou.com va à la rencontre des candidats de la circonscription Beauport-Limoilou, question de mieux connaître leurs engagements et leurs réflexions sur des dossiers incontournables. Aujourd’hui : Raymond Côté, candidat pour le Nouveau Parti démocratique (NPD).

Élu avec une majorité de plus de 10 000 voix, dans la foulée de cette « vague orange » qui a secoué le Québec, Raymond Côté a occupé diverses fonctions au sein de l’opposition officielle à la Chambre des communes. Il est d’abord nommé porte-parole sur les dossiers liés au tourisme et aux petites entreprises vis-à-vis du conservateur Maxime Bernier, pour ensuite être appelé à siéger sur certains comités majeurs – commerce international, justice et droits de la personne, industrie, sciences et technologies, finances, où il est resté deux ans, « mon plus gros mandat », indique-t-il.Il est attaché au NPD depuis plusieurs années déjà : « C’est mon parti depuis l’adolescence », indique-t-il. Son héros de jeunesse ? Ed Broadbent.

C’est son ton, ses idées, ses valeurs qu’il défendait qui m’ont amené au NPD », observe le député sortant.

Une longue histoire, donc – un peu comme celle qui le lie à Beauport-Limoilou. Il s’est installé dans la circonscription en 1990, pour ses années d’études. Il n’en est pas reparti. Après des études en archivistique, il travaille comme manœuvre d’entrepôt, puis au gouvernement du Québec comme préposé aux renseignements… Jusqu’à son élection en 2011.Pouvez-vous nous présenter ce qu’est, pour vous, Beauport-Limoilou ?

La moitié de la population habite Limoilou, l’autre, une partie de l’ancienne ville de Beauport. C’est un comté qui est caractérisé, entre autres, par une population assez mixte – il y a quand même des poches de pauvreté importantes, de la défavorisation sous toutes ses formes, incluant un grand nombre de personnes ayant des problèmes de maladie mentale –, mais c’est aussi un comté qui a une partie de type banlieue-bungalow, un tissu urbain différent, des travailleurs, des familles de la classe moyenne, des retraités, qui ont des acquis importants et qui cherchent à les défendre. »

Quels sont vos lieux « coup de cœur » du quartier, ceux que vous aimez fréquenter ?

Il y a évidemment la 3e Avenue, l’endroit qui connaît le plus gros boom actuellement… Mais un endroit que j’ai appris à découvrir, depuis que je suis député, c’est l’avenue Royale, le Vieux-Beauport, un endroit qui est très intéressant, qui en arrachait beaucoup… qui en fait, me fait penser au Limoilou où je m’étais installé il y a de ça 25 ans. Je pense que c’est un secteur qui a beaucoup de potentiel : il a du cachet, il a une vie de quartier, et c’est un secteur où il y a une mixité des populations – un secteur qui pourrait attirer des jeunes couples comme on voit à Limoilou. J’aime beaucoup marcher dans Beauport, on voit le poids de l’Histoire, c’est un secteur patrimonial. »

Quel bilan faites-vous de votre dernier mandat ?

Un très bon bilan. Je vous parlais de mon appartenance à quatre comités majeurs de la Chambre des communes – déjà, peu importe le résultat de l’élection du 19 octobre, c’est une grande fierté pour moi, parce que la plupart des députés ne peuvent même pas espérer faire partie d’un seul comité majeur ! C’est une grande satisfaction. Et localement, on a travaillé dès 2011 à connecter avec les gens, à aller à leur rencontre, à s’assurer que je représente véritablement la population, que je sois disponible pour les gens. Et ça, je me suis aperçu que c’était loin d’être acquis dans l’esprit de la population, qu’ils puissent entrer en contact avec leur député fédéral, lui poser des questions, entrer en dialogue alors que, pourtant, cette disponibilité, c’est dans la normalité des choses ! C’est fondamental, que je sois disponible pour eux. »

Quel est, selon vous, le dossier prioritaire pour la circonscription Beauport-Limoilou ?

Le logement. C’est quelque chose qui est fondamental et j’ai été témoin à de nombreuses reprises d’endroits qui sont à la limite de l’acceptable, sinon carrément des lieux insalubres. Heureusement, on le voit dans la revitalisation que beaucoup de gens font, des gens qui investissent des sommes énormes pour réhabiliter l’immobilier tant à Limoilou qu’à Beauport – nous, on tient à investir là-dedans, et à carrément faire du logement abordable et salubre un droit fondamental. On avait déjà d’ailleurs proposé un projet de loi en ce sens à la Chambre des communes, qui n’a pas pu être adopté… mais on reviendra à la charge là-dessus ! Si on instaure ça déjà, comme droit, pour les locataires et les propriétaires, ça va changer les choses. »

Pouvez-vous nous détailler d’autres de vos priorités ou engagements ?

  • Un marché de l’emploi plus performant. « La population active en général se retrouve à faire face à un marché de l’emploi qui est assez hostile… » Chômage à long terme, emplois peu attractifs, difficulté pour les jeunes de faire leur place. « Il faut vraiment corriger la situation. »
  • Postes Canada. « Dans tout Beauport-Limoilou, il y a une bonne partie de la population qui a l’habitude de son facteur, et les gens y tiennent. » Il rappelle que son parti a pris l’engagement de rétablir tout le service de livraison au porte-à-porte qui a été aboli, et de maintenir celui existant.
  • Le Port de Québec et la qualité de l’air dans la Basse-Ville. « Il faut vraiment donner un coup de barre. »

Un arbitre neutre pour le Port de Québec

D’ailleurs, sur cet enjeu, Raymond Côté rappelle qu’il a déposé un projet de loi à la Chambre des communes, proposition qu’il compte bien réitérer lors d’un prochain mandat. La mesure visait à obliger les Administrations portuaires au pays à subir aux trois ans une évaluation de la part du commissaire à l’environnement et au développement durable, tout en donnant à ce dernier pouvoir d’enquêter, en fonction des plaintes et pétitions citoyennes.

Ça changerait le ton, car le commissaire se retrouve à être un officier, membre du Bureau du vérificateur général, qui rend des comptes directement au Parlement canadien. Il se retrouverait à être un arbitre neutre, impartial, possédant des moyens très intéressants pour aller au fond des choses », explique Raymond Côté.

Mais, comme le disent certains de ses adversaires, a-t-il trop pris parti dans le dossier, perdant sa neutralité à la faveur de certains groupes citoyens ?

Pas du tout ! Au contraire : je suis élu par la population que je représente. Ce n’est pas du tout un reproche – si c’est ce qu’ils disent, je le prends comme un compliment envers le travail que j’ai fait. Et, vous savez, je ne suis pas contre le Port non plus. C’est le genre de polarisation qui vient étouffer, tuer le débat, qui est totalement inacceptable. C’est une dérive qu’on entend depuis l’affaire de la poussière rouge et malheureusement, certains acteurs de notre société cherchent à alimenter cette polarisation-là pour éviter de régler le problème. Moi, je refuse d’abandonner les gens qui viennent me voir et qui m’interpellent là-dessus ! »

Du même souffle, il rappelle également qu’en 2011, il avait déposé une motion afin que le gouvernement fédéral soutienne le Port de Québec pour qu’il puisse mettre à niveau ses installations.

Ça avait été la première préoccupation que m’avait soumise – lors d’une rencontre – le directeur général du Port de Québec, à l’été 2011 : la réfection complète des équipements et infrastructures. Ça a été une surprise de voir l’Administration portuaire inverser complètement ses priorités il y a presque deux ans, en arrivant avec l’agrandissement comme étant la première priorité, et les revenus supplémentaires générés par ce projet devant être investis à la réfection… Le Port avait obtenu mon appui, il y a quatre ans, pour rénover ses installations, et je maintiens cet appui-là », indique le candidat néo-démocrate.

Questions thématiques

2015-09-15-elections-npd-raymond-cote-ml-04Le candidat a ensuite été invité à se prononcer sur différentes thématiques, afin de rappeler ses préoccupations ou celles de son parti.Sur la question de la famille, il rappelle que ces dossiers sont une priorité pour le NPD, notamment avec la promesse d’exporter ailleurs au Canada le modèle de services de garde offerts au Québec. En culture, il souligne la promesse de rétablir le financement récemment enlevé à Radio-Canada.La thématique du développement durable l’amène sur le terrain du protocole de Kyoto et à l’objectif que s’est donné un éventuel gouvernement néo-démocrate de réduire les émissions de gaz à effet de serre de 80 % d’ici à 2050. « Plus le temps avance, plus ce sera difficile d’agir », lance-t-il. Pour atteindre cet objectif ? Investissements en transport en commun ou encore en efficacité énergétique, accompagnés d’une meilleure gestion des ressources naturelles et de la mise en place d’un cadre de pollueur-payeur, « qui force les entreprises à assumer l’ensemble des coûts liés à leurs activités, du début à la fin ». Cela tout en rétablissant plusieurs articles de loi à caractère environnemental retirés par les conservateurs.En économie ?

On a un gros défi au Canada : on a mis beaucoup l’emphase sur l’exploitation des ressources naturelles, du pétrole et du gaz… On est devenu une économie beaucoup plus unidimensionnelle au cours des dix dernières années. Le Québec et l’Ontario en ont subi les contrecoups… »

Il s’agit donc pour lui d’appuyer le développement de modèles innovants, porteurs pour une nouvelle économie – à l’image de l’Institut national d’optique, notamment. Enfin, en santé et éducation, il parle de rétablir ou réorganiser les systèmes de transfert fédéraux.

Questionnements citoyens

Le candidat néo-démocrate a ensuite été questionné sur différents dossiers ou enjeux à caractère local, choisis à la lumière des préoccupations énoncées par les lecteurs et lectrices de Monlimoilou.com. Voici les réponses de Raymond Côté sur les éléments qui n’avaient pas été abordés aux points précédents :

  • L’accès au fleuve ? « Comme on l’a vu dans la partie est de la ville de Québec, il y a un potentiel. La barrière que représente Dufferin-Montmorency, c’est un obstacle à la qualité de vie autant qu’à la beauté du secteur Beauport-Limoilou. Il y a vraiment un dialogue à établir avec les autres paliers de gouvernement. Je veux être capable de faire une offre éventuellement pour qu’on puisse revitaliser ce secteur et redonner un accès au fleuve. »
  • Appui aux groupes communautaires ? « Ça a été l’une des plus belles choses que j’ai accomplies dans mon mandat – d’aller les voir et d’avoir une réaction de surprise, la majorité du temps, face au fait que le député fédéral souhaitait les rencontrer. »
  • Accueil des immigrants dans Beauport-Limoilou ? Il rattache la question à celle du logement, aux délais liés à l’accès au logement social ou au contrôle des coûts du logement.
  • L’utilisation du parc Cartier-Brébeuf ? « C’est un joyau. On a une belle coquille mais, malheureusement, pour ce qui est d’offrir des services, c’est beaucoup trop réduit. On a carrément tué ce qui était l’âme du parc Cartier-Brébeuf. C’est complètement absurde que ce lieu ne soit pas animé, qu’il soit un parc urbain parmi tant d’autres… Il faut que ce lieu-là se distingue, qu’on y retrouve le poids de l’Histoire, en faire le lieu de fierté que ça devrait être. »
  • Cohabitation entre piétons et cyclistes ? « C’est très municipal, mais le palier fédéral fait aussi partie de la solution : quand le fédéral s’engage en tant qu’investissement dans les infrastructures, les municipalités ont plus de marge de manœuvre pour pouvoir améliorer le réseau cyclable. »

Et le mot de la fin ?

J’ai vécu quatre belles années comme député, un très beau mandat. Ça ressemblait pas mal à ce que je pensais – j’ai eu des surprises liées au fait qu’un député fédéral, traditionnellement, n’était pas un acteur très présent sur le terrain. Je suis fier d’avoir inversé la tendance et je vais continuer en ce sens. Je tiens à continuer à être présent, à faire comprendre aux gens qu’Ottawa, c’est beaucoup plus proche de leur réalité qu’ils ne le croient. C’est important que les gens soient convaincus qu’ils peuvent avoir une prise sur les décisions qui sont prises à Ottawa. Ça sera mon axe majeur, si je suis réélu : multiplier les contacts, encourager les gens à participer. J’ai passé les quatre dernières années à vous écouter, et si je suis réélu, je vais continuer dans la même voie. Venez au-devant de moi, et de mon côté, je continuerai à aller au-devant de vous comme je l’ai toujours fait. »