Et si on rêvait un Limoilou nourricier ?

Jardins_Maizerets
Les parcs urbains comme le Domaine Maizerets représentent une alternative intéressante pour implanter des jardins publics, d’autant plus que leurs sols ont souvent moins de chance d’être contaminés.

Qu’arriverait-il si l’alimentation devenait une préoccupation centrale des municipalités et qu’on repensait globalement les systèmes alimentaires? Cherchant toujours à faire cheminer le Québec sur la voie des collectivités viables, l’organisme Vivre en ville s’est penché sur la question du lien entre l’alimentation et le territoire dans le cadre de sa plus récente publication, Villes nourricières. L’artisan derrière l’ouvrage, Vincent Galarneau, a vécu plus de 20 ans à Limoilou. Il s’est donc gentiment prêté au jeu d’imaginer un quartier nourricier pour Monlimoilou.com.

Évidemment, Villes Nourricières met d’abord de l’avant les aliments de proximité, mais la publication insiste aussi sur la diversité de l’offre alimentaire. «Il faut qu’il y en ait pour tout le monde, on veut bien préconiser les aliments sains, mais on est bien contents d’avoir un fast-food ouvert 24h. C’est tout ça qu’il faut considérer […], mais avant tout, il faut travailler avec l’existant», explique le conseiller agriculture et environnement de Vivre en ville. Aussi, avant de repenser l’alimentation dans Limoilou, un état des lieux s’imposait.

Les fleurs…

Selon Vincent Galarneau, le quartier a de nombreuses forces déjà en place : des restaurants et commerces de proximité, le marché public et celui à vélo, des groupes d’achats, des cuisines collectives, une quinzaine de jardins partagés, une dizaine de points de chute de paniers, sans oublier les comptoirs alimentaires qui répondent à un besoin toujours criant.Dans l’ensemble, le quartier est bien desservi malgré une répartition inégale des services, comme l’accès difficile aux épiceries dans Sainte-Odile, Saint-Pascal et Stadacona. Les nombreux acteurs sont aussi des forces à ne pas négliger. Mentionnant le travail de l’ATI et de Craque-Bitume, il poursuit en félicitant l’engagement de la Caisse Desjardins de Limoilou dans son milieu.Autant au Québec qu’ailleurs, la plupart des projets sont d’abord portés par les agences de santé publique ou des organismes communautaires. Un aspect qui doit changer.

 Quand on parle d’alimentation, tout le monde est concerné, on est tous mangeurs, on est tous responsables. La bouffe, c’est un bon prétexte pour parler ensemble. Donc, assoyons-nous autour d’un bon repas et parlons de ce qu’on a besoin et de ce qu’on rêve pour notre quartier !»

…le pot et, surtout, quelques idées !

villes-nourricieresCela dit, c’est bien beau rêver l’autarcie limouloise, mais l’auteur de Villes Nourricières a les deux pieds bien plantés dans la terre. Côté production, Limoilou demeurera toujours dépendant d’un approvisionnement extérieur. « Si on dit que ça nous prend plus de jardins : d’accord ! Mais si on a des terrains vacants, ces derniers sont souvent contaminés. »Dans un quartier urbain et plutôt dense, il suggère donc de sortir des espaces traditionnels et de considérer le potentiel des grands parcs, comme le Domaine Maizerets, «pour autant que ce soit balisé et ouvert à tous», insiste Vincent, les jardins collectifs étant souvent perçus comme une semi-privatisation de l’espace public.On pourrait aussi miser sur les balcons et les toits, en suivant l’exemple montréalais de l’arrondissement Rosemont-La Petite Patrie, qui permet maintenant aux petits commerces et mêmes aux citoyens d’avoir une serre sur leur toit, à condition que le bâtiment en supporte le poids.D’ailleurs, sur la réglementation municipale, Vincent propose que Limoilou réclame le droit d’adopter des règlements spécifiques à son arrondissement. «Le règlement sur les potagers en façade n’a pas passé à l’échelle de la Ville, mais l’autorisation dans les quartiers industriels de faire des serres sur les toits, ça a été voté, puis rendu discrétionnaire ensuite dans les arrondissements. Alors pourquoi, pour les potagers en façade, on n’a pas tenté de faire la même chose ?», s’interroge-t-il.Si les poules urbaines obtiennent la faveur de Vincent, les villes qui en permettent l’élevage imposent souvent une superficie minimale de terrain ou un permis. À Québec, elles sont tolérées tant qu’il n’y a pas de plainte. La question mérite à son avis un débat, mais notre rêveur invité imagine déjà un projet-pilote de poulailler communautaire, par exemple au Patro Roc-Amadour.Bien sûr, une certaine production urbaine est possible, mais le secret d’un Limoilou nourricier réside plutôt, selon lui, dans une meilleure synergie entre les acteurs dans le quartier et dans le raffermissement des liens entre les milieux urbain et rural.

Il ne faut pas voir en vase clos. L’erreur de certains artisans de l’agriculture urbaine, c’est de penser qu’on va nourrir tout le monde, alors qu’on a des terres autour qui sont super productives».

L’envers de la bouffe

Cependant, on ne peut parler de collectivités viables et de système alimentaire sans considérer les matières résiduelles organiques.Bien que l’idéal soit de réduire les quantités envoyées à l’incinérateur, des projets basés sur la cogénération ont déjà été imaginés. «Est-ce que ça ne pourrait pas servir pour un complexe de serres?», se demande Vincent. Reste une solution bien connue : le compostage. «Il faudrait miser sur une multiplication des sites de compostages communautaires, institutionnels et privés, même si la ville ne semble pas le souhaiter a priori». 

*Par souci de transparence, il me faut mentionner que j’ai eu l’occasion de travailler avec Vincent Galarneau et l’équipe de Vivre en ville tout l’été dernier à titre de stagiaire à la recherche pour cette publication. Devant le résultat final enfin imprimé, je ne peux que féliciter leur excellent travail et souhaiter que Villes nourricières devienne une source d’inspiration pour l’avenir!