Rencontre à Ottawa avec le député Raymond Côté (2 et fin)

Raymond Côté, député NPD, Beauport-Limoilou
Raymond Côté, député NPD de la circonscription Beauport-Limoilou. Bureau du chef Thomas Mulcair. Ottawa, 1er juin 2015.
Précisions : ce printemps, Monlimoilou.com avait planifié ce reportage pour l’été dans un but informatif. Mais en raison du déclenchement hâtif de la campagne électorale, nous nous sommes retrouvés à devoir publier en début de campagne cette deuxième partie. Nous avons quand même cru bon de la publier, tout en informant nos lecteurs qu’elle avait été préparée bien avant.

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Tout parti confondu, depuis longtemps nous souhaitions démystifier la « vie » d’un député, au plan personnel comme en regard des responsabilités que lui accordent ses électeurs. M. Côté s’est prêté pour nous à deux heures d’entrevue en plus d’une visite personnalisée du parlement lors d’un récent voyage à Ottawa.

Raymond Côté est député fédéral sortant de la circonscription Beauport-Limoilou (biographie). Pour faire suite à la semaine dernière, nous abordons dans ce dernier volet son travail sur la colline parlementaire et les souvenirs qu’il en retire depuis mai 2011.

Comment avez-vous vécu vos premières journées à Ottawa, et quels souvenirs marquants en retirez-vous ?

2015-06-01-ottawa-04Mes souvenirs demeurent assez flous : un tourbillon ! Deux ou trois jours après les élections, j’ai assisté à des séances d’information concernant mon nouveau rôle, puis j’ai reçu une formation. Quelques semaines après, moi et mes collègues du NPD avons été présentés à la presse : c’était assez spécial, et un peu intimidant… Jack menait le jeu, et en même temps, je rencontrais pour la première fois l’ensemble de mes collègues tout en faisant connaissance avec des députés d’expérience, comme Yvon Godin, qui nous quitte après 18 ans de carrière.

De quelles façons voyagez-vous entre les deux capitales, et à quel rythme considérant votre agenda parlementaire ?

Je quitte en général très tôt le lundi matin afin de siéger à Ottawa, normalement jusqu’au jeudi. J’y vais surtout en auto, et occasionnellement en avion. J’adore également prendre le train que je souhaiterais utiliser davantage, mais l’horaire et le système ne sont malheureusement pas très efficaces pour mes besoins.Je dois aussi me rendre toujours disponible pour être de garde, c’est-à-dire assurer le quorum en cas de nécessité dans l’antichambre. Évidemment, s’il arrive un événement majeur dans le comté, je dois y retourner expressément.

Où habitez-vous pendant vos séjours à Ottawa ?

Je demeure à Gatineau, secteur Hull, dans un appartement loué par l’intermédiaire d’un « vieux chum » politicien de longue date, qui me l’avait en quelque sorte réservé advenant mon élection. J’ai été chanceux !Les députés peuvent aussi envisager l’achat d’un condo, ou vivre à l’hôtel ou dans une résidence dédiée. Certains louent en groupe des maisons avec plusieurs chambres considérant que ça coûte très cher au centre-ville. Nous ne sommes pas obligés d’avoir une adresse physique.

Comment conciliez-vous ce rythme de vie effréné aux plans familial et personnel ?

Il faut le dire, dans la vie de couple, il y a nécessairement des négociations, des concessions à faire. Je sais que plusieurs élus, peu importe leur alliance politique, ont fait face à des difficultés. Ça fait partie de la game ; le ou la conjoint(e) est « pris là-dedans »… Ça prend de l’amour inconditionnel !Cela dit, je ne suis pas du genre « bourreau de travail ». Je connais mes limites, j’ai besoin de mes nuits de sommeil pour être attentif le lendemain. Certains de mes collègues sont des phénomènes : ils ne dorment pratiquement pas ! Je pense aussi à René Lévesque, à Jean Garon après avoir lu ses mémoires, et à Amir Khadir, un autre « cas » qu’on m’a rapporté capable de récupérer avec de courtes siestes.

Pouvez-vous nous résumer le travail d’un député sur la colline parlementaire ?

Raymond CôtéLa fonction essentielle d’un député à Ottawa en est une de législateur. Il faut prendre conscience du fait qu’on élabore des lois. On en débat entre nous pour les adopter, et aussi les adapter le plus possible au service de la population. Ce n’est pas évident, même avec le support des employés de la Chambre des communes.Ce travail nous amène aussi à participer au quotidien à la Chambre, et cela a des conséquences : nous sommes en quelque sorte les « gardiens » de la loi. Par le fait même, il faut en être respectueux et encourager les citoyens à s’y conformer. C’est une fonction terriblement importante, qui peut avoir de grandes conséquences sur la population. Je donne comme exemple notre promesse d’établir un système public de garderie pan-canadien à 15 $ par jour, basé sur le très envié modèle québécois qui a aidé à l’émancipation des femmes. Aucune ne veut perdre ce droit acquis, et nous ne voudrions pas nous priver des talents de femmes solides, brillantes et bonnes organisatrices, comme j’ai le privilège d’en avoir dans mon équipe.

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Comment qualifiez-vous votre relation avec votre chef ?

Avant, on avait l’image d’un « Tom en colère », surtout du côté anglophone. Mais Thomas Mulcair s’est adouci et j’ai vite découvert l’homme derrière le personnage : très conscient de son rôle, dévoué, avec de l’esprit et un solide sens de l’humour, et qui ne veut pas s’en laisser imposer. La politique est sa vocation. Quand Thomas s’affirme sur un sujet, on n’a pas le choix de tenir compte de son opinion qu’il sait toutefois modérer en écoutant nos arguments.

Vous être membre du Comité permanent des finances. En quoi consiste votre mandat ?

Depuis janvier, je suis l’un des dix membres de ce comité, constitué au prorata de trois néo-démocrates, six conservateurs et d’un libéral. C’est un retour pour moi, l’ayant occupé en 2013 avant de joindre ensuite leComité permanent de l’industrie, des sciences et de la technologie (v. plus loin). Notre mandat consiste à décortiquer en profondeur les projets de loi qui nous sont soumis. Sinon, nous menons des études, comme dernièrement sur le financement de la lutte au terrorisme, la baisse des coûts du pétrole et les inégalités des revenus au Canada.Les comités vivent en fonction des règles adoptées par les députés de la Chambre des communes. À mon avis, être membre d’un comité, c’est la tâche la plus utile et la plus motivante pour un député : on est autonome, on peut y consacrer des heures à volonté en concertation, c’est moins codifié que le travail en Chambre, et j’y suis très à l’aise. Malheureusement, les comités, auparavant pas trop partisans, le deviennent en empruntant la dynamique de la Chambre. Ça peut devenir paralysant. Les citoyens méritent que leurs élus s’entendent peu importe leur appartenance politique.

Quelles sont vos interventions dont vous êtes le plus fier ?

Ça remonte à mes premières armes, en juin 2011 : le fillibuster, lors du conflit de travail à Poste Canada. En quelque sorte, c’est un moyen de « prendre en otage » la Chambre, mais il ne faut pas en abuser… J’ai fait un discours en rapport avec le lock-out au moment où l’opposition cherchait à imposer des conditions de travail aux employés : le paradoxe, les offres de la direction de Postes Canada étaient meilleures que celles imposées par le projet de loi ! On a assisté à tout un mouvement de solidarité, le NPD s’est durci dans l’effort, et on a prouvé qu’on était capables de tenir notre bout, nous, « les p’tits nouveaux », même si nos efforts avaient échoués.Raymond CôtéSi l’on revient au dossier du Port et la contamination à la poussière, j’ai aussi intervenu à plusieurs reprises à la période de questions. Un moment fort : une députée conservatrice avait indiqué clairement en me répondant que le gouvernement était d’accord d’accepter les conclusions de l’étude du ministère de l’Environnement du Québec. En relisant la transcription, j’ai compris que le parti au pouvoir avait admis la responsabilité d’Arrimage Québec à la suite de l’une de mes premières interventions, en novembre 2012, soit quelques semaines après l’événement, alors qu’il le niait depuis le début en laissant sous-entendre qu’on faisait peur au monde ! J’ai vécu ça comme une victoire personnelle.Avec l’expérience, j’ai appris à faire mes discours sans les écrire. Je pense que c’est plus intéressant à écouter. Mais il faut avoir les idées claires, et surtout, savoir de quoi parler en improvisant ! C’est vrai aussi que ça peut être dangereux d’oublier des choses et de se mettre en danger…

En dehors de la Chambre des communes, avez-vous établi des liens amicaux avec des députés d’autres partis ?

Je partage évidemment beaucoup d’affinités avec mes collègues néo-démocrates, mais aussi avec quelques députés d’autres allégeances. Je peux entre autres nommer mon ancien adversaire dans Lotbinière–Chutes-de-la-Chaudière, Jacques Gourdes, un gars très simple, bien l’fun à parler en privé, même si on s’est affrontés comme adversaires politiques sur des idées de fond. Aussi, Ed Holder, autre député conservateur, et très drôle ! Avant, il me vouvoyait « gros comme le bras » ; maintenant il apprend le français : « Aye, mon âmiii, comment çaaa vaaa ? »…

Difficile de ne pas passer sous silence l’attentat de l’an dernier…

Oui, c’est sûr. Sans vouloir dramatiser, il y a eu un « avant 22 octobre », puis un « après 22 octobre ». À la suite du premier attentat à Saint-Jean-sur-Richelieu deux jours auparavant, nous étions plusieurs à se dire : « À quand notre tour ? ».Parlement à OttawaOn est en réunion dans la salle du caucus. Et là, vers 9 h 20, nous entendons les premières détonations, croyant au début que ça venait du chantier, tout près… Le pire que je pouvais imaginer est arrivé : on nous a rapidement pris en charge et mis en sécurité en lieu sûr, en ne sachant pas par exemple si des constables avec qui nous étions devenus très familiers étaient blessés… (témoignage audio à Radio-Canada).La question, maintenant : comment chaque parti allait se positionner au retour en Chambre, le lendemain ? Bien, il y a eu de belles marques de solidarité entre les différents partis. Mais cela a a dérapé très rapidement avec C-51, une ligne dure qui à mon avis ne réglera pas grand-chose, risquant même de créer plus de problèmes.

Il y aura des élections en octobre. Comment allez-vous vous y préparer ?

Avec l’aide de mon équipe électorale et mon directeur de campagne, Mathieu, j’étais déjà préparé sur plusieurs aspects, entre autres personnellement pour être très à l’aise à rencontrer les gens, et cela bien des mois avant la campagne électorale [déclenchement anticipé vers la fin août lors de l’entrevue]. Depuis longtemps on cueille de l’information pour dresser un portrait de notre bassin d’électeurs, évaluer leurs besoins et leur potentiel d’appui au parti, etc.Mes quatrièmes élections seront en quelque sorte un « conte de fées », dans le sens que pour la première fois de ma vie, je n’aurai pas à m’occuper de logistique, de « poutine ». Je serai prìs en charge de A à Z par mon équipe, qui me donnera le matin mon plan de match indiquant toutes les choses que j’aurai à faire dans la journée.

Enfin, quels sont vos souhaits et ambitions de député si vous êtes réélu ?

Les gens m’en parlent plus que moi j’y pense, si l’on parle d’un rôle de ministre ! Bon, admettons qu’on prend le pouvoir : si Thomas me le demande, je vais considérer son offre en étant conscient de l’importance de la tâche. Après mon élection en 2011, Jack m’avait confié la responsabilité d’être critique aux Petites entreprises et tourisme : j’étais membre du cabinet fantôme. Une très belle expérience…Quand Thomas a été élu chef, je me suis retrouvé « simple » député. Par contre, comme je l’ai dit plus tôt, j’ai toujours siégé sur des comités permanents, en commençant par les Affaires étrangères et le commerce international, celui de la Justice et des droits de la personne… Mes attentes, avant tout ? Me faire valoir dans une fonction à la mesure de mes capacités.

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Raymond Côté, Parlement à OttawaAvec la collaboration spéciale de Diane Mercier pour la rédaction. Remerciements à MM. Raymond Côté et David Chamberland pour leur disponibilité et leur accueil dans la capitale nationale.Ci-bas, autres photos de la visite du parlement le 1er juin dernier.

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