Visages du quartier : Mado la brigadière | 13 janvier 2015 | Article par Jean Cazes

La brigadière Madeleine en poste près de l’école Saint-Paul-Apôtre. 18 décembre 2014.

Crédit photo: Jean Cazes

Visages du quartier : Mado la brigadière

Beau temps mauvais temps, avec assiduité et une douce autorité, Madeleine Savard assume ses tâches de brigadière pour l’école Saint-Paul-Apôtre depuis… 21 ans!

Rencontre avant les Fêtes avec «Mado», à l’œuvre à l’angle de la 22e Rue et de la 8e Avenue, pour discuter de sa vocation ainsi que des exigences et les réalités de son engagement communautaire.

«Avant tout, aimer les enfants»

2e Avenue, quartier Limoilou

« Je ferai comme toi quand je  serai grande: c’est ce que je disais à ma brigadière à Neufchâtel, évoque Mado. Je me suis mariée, j’ai déménagé à Limoilou… En reconduisant mes enfants à l’école au coin de la 24e Rue et en jasant avec la brigadière Élyse, elle m’a suggéré de donner mon nom à la Ville. On a enquêté sur moi, puis j’ai suivi un cours de sécurité, passé une journée avec un brigadier… Comme mon mari travaillait le soir, je pouvais venir le midi pendant qu’il s’occupait de la famille. J’ai commencé sur appel et six mois plus tard, on m’offrait le poste ici-même. Et ce sera toujours ma place!»

Comprendre les enfants « comme on aime nos propres enfants » est LE prérequis pour exercer ce travail, souligne-t-elle à grand renfort de mises en situation tirées de sa longue expérience:

« Et des enfants, il y  en a de toutes sortes! L’hiver, j’attache le chapeau des petits, et ils sont bien contents! En 1re année, ils sont plus « colleux »; ils ont vraiment besoin de se sentir « sécures ». Rendu en 6e, c’est un peu plus dur: je dois agir avec les enfants d’une autre manière en les contrôlant tout en restant gentille… Il faut toujours porter attention aux comportements des petits, avoir une grande capacité d’écoute, être visuel. Autrement dit, ça demande de l’instinct, car il y a toujours des imprévus. Par exemple, l’hiver c’est souvent glissant et il faut à la fois watcher les conducteurs et les enfants. Je dois leur dire: Traversez pas! On peut pas arrêter le monsieur, y’é pas capable! Ils m’écoutent, même si des fois il faut que je crie, admet-elle d’un ton amusé. « Quand ils sortent à 11h30, ça joue, ça se bouscule; ils sont fous fous fous et ils ont faim… Ça m’est aussi arrivé d’avoir beaucoup de jeunes immigrants en apprentissage du français, et il fallait que je sois plus vigilante avec eux…»

Routine, règlements, sécurité…

«Des parents me disent: Comment tu fais, Mado? Moi, je le ferais pas… Faut croire que c’est dans ma nature!» Le profil type des brigadiers et brigadières selon Mado, c’est «une jeune personne retraitée dans la cinquantaine, en grande forme et RESPONSABLE», insiste-t-elle. À des fins pratiques considérant les «chiffres coupés», la «perle rare» doit, on en convient, demeurer à proximité:

On fait 15 heures semaine, on est payés pour trois heures par jour. J’arrive ici à 7h30 et je finis à 8h15. Je repars, je reviens de 10h45 à 11h45. Je recommence de 12h15 à 13h00, puis de 15h15 à 15h45. J’ai une auto, mais si je suis mal prise, à cause de la neige par exemple, je demeure à 15 minutes de marche…»

2e Avenue, quartier LimoilouOutre cette discipline d’horaire, la résidente de l’avenue de la Capricieuse doit bien sûr respecter de stricts règlements pour éviter une distraction aux fâcheuses conséquences, ce qui n’est heureusement jamais arrivé au cours de sa carrière. Mado explique que la trentaine de brigadiers et brigadières qu’elle estime en poste en basse-ville ne peuvent s’asseoir, doivent obligatoirement fermer baladeur, cellulaire… «et pas de parapluie parce que ça cache, mais on a un imperméable fourni!».

Une 25e année?

Finalement, les aléas de la météo sont pour Mado les seuls vrais désagréables souvenirs d’un métier qu’elle adore toujours et qu’elle exerce aussi en dehors de la période scolaire:

« Quand il pleut à 2 degrés Celsius par exemple, c’est ce que je trouve le plus dur. L’été, je travaille dans les parcs de Limoilou, matins et soirs, surtout du côté de Roc-Amadour et Ferland. À 30 degrés Celsius, plantée au bord d’une rue, c’est peut-être pire que le gros froid d’hiver…»

Madeleine « Mado » Savard connaît des brigadiers et brigadières qui ont cumulé 35 ans de carrière. Pour sa part, elle compte bien être à son poste jusqu’en 2019… minimum :

« Et ça, même s’il y a plus de trafic, que les moteurs sont plus puissants, que le pied est plus pesant et qu’il y a beaucoup plus de vélos qui nous frôlent, avec la piste cyclable… Je suis encouragée par les bons commentaires, comme ceux de grands-parents, de plus en plus nombreux, qui reconduisent leurs petits-enfants à l’école. Ils viennent me voir et me disent: Mado, on t’oubliera jamais, et on s’excuse pour t’avoir des fois donné de la misère!», conclut la brigadière d’un ton moqueur.

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