Au revoir M. L'Allier

Jean-Paul L'Allier, accompagné de son épouse, reçoit les félicitations de Jean Pelletier, le soir des élections municipales de 1989. AVQ, 1989. Photo tirée de l'ouvrage Les maires de Québec depuis 1833.

Le souvenir est encore assez bien défini dans ma mémoire, même si je n’avais que huit ans et que je ne comprenais pas trop les enjeux de la soirée. Après une campagne électorale mouvementée, mes parents emmenaient toute la famille, le 5 novembre 1989, dans une salle (d’hôtel ?) remplie d’affiches électorales du Rassemblement populaire, de gens nerveux mais souriants, et avec un slogan bien visible écrit en grosses lettres : Changeons pour vrai.

Sur les télés, on pouvait suivre la soirée électorale de Radio-Canada. Dans la salle, je crois me souvenir qu’on affichait manuellement les résultats dans les districts sur des tableaux improvisés (pas d’Internet et de téléphone cellulaire à l’époque…). À la fin de la soirée, la victoire était totale et tous les militants de la première heure exultaient : le couronnement d’un nouveau maire, un certain Jean-Paul L'Allier, et l’avènement d’une nouvelle ère à Québec. L’ambiance était euphorique, la sociale démocratie arrivait à Québec. Personnellement, c’est mon premier souvenir politique et ça restera à jamais un beau souvenir.Pour quiconque suit un peu la politique municipale au Québec, une telle victoire est évidemment très importante : une fois un nouveau maire élu dans une ville, il est très rare qu’il soit battu aux élections suivantes et il a généralement les coudées franches pendant longtemps. Pour Québec, M. L’Allier représentait un premier vrai maire progressiste, une réelle rupture avec le maire précédent Jean Pelletier. J’ai suivi ensuite chacune des trois campagnes électorales impliquant M. L’Allier, avec un intérêt particulier pour celle de 2001 suivant les fusions municipales, en raison de l’importance des enjeux. À chaque fois, il a su l’emporter et faire fructifier son héritage.

La basse-ville, les jeunes, la démocratie

Quand on vient de la Basse-Ville de Québec et qu’on y a vécu son enfance dans les années 1990-2000, on connaît immanquablement Jean-Paul L’Allier. Il a été celui qui a cru à la Basse-Ville et à Saint-Roch avant tout le monde, envers et contre tous. Je me souviens très bien de l’image que nous avions de nos quartiers à l’époque : délabrés, malpropres, malfamés, etc. Évidemment, en y vivant, on trouvait que certains de ces qualificatifs étaient largement exagérés, mais on ne ressentait pas non plus une très grande fierté de notre coin de ville.Globalement, on sentait une certaine dose de scepticisme ; les projets se sont succédé (jardin Saint-Roch, Méduse, conversion de La Fabrique, etc.) et les résultats apparaissaient lentement mais sûrement. Saint-Roch et le centre-ville changeaient, c’était perceptible. Avec le recul, il est maintenant très clair que M. L’Allier et son équipe ont largement réussi : ils ont su rebâtir le centre-ville, y attirer entreprises, institutions et artistes, tout en le rendant plus beau, plus agréable et plus humain.En cette ère de cynisme et de désabusement, les jeunes d’aujourd’hui ont sans doute peine à imaginer le type de gouvernance qui existait pendant ces seize années à la mairie : M. L’Allier possédait du leadership et avait de nombreux projets, mais cela lui arrivait de changer d’idée et de reculer. Il consultait la société civile. Il écoutait. Il ne méprisait pas ses adversaires. Il respectait la démocratie. Il avait une préoccupation particulière pour les jeunes et ne rêvait pas de les empêcher de fêter leur fête nationale… Il voyait grand pour sa ville, souhaitant même qu’elle accède à des fonctions plus importantes au niveau international et ne se gênant pas pour le faire savoir.

Un bilan impressionnant

Les accomplissements de M. L’Allier – et ils sont nombreux – ont été relatés par de nombreuses personnalités. Pour Limoilou, la renaturalisation des berges de la rivière Saint-Charles vient immédiatement en tête de liste, car cela a grandement contribué à l’amélioration de la qualité de vie.Personnellement, si j'avais à retenir une chose de l’action de M. L’Allier, c’est qu’il a su réinsuffler une fierté aux habitants des vieux quartiers de la ville et qu’il a inspiré toute une génération de citoyens à poursuivre leur implication pour améliorer leur ville et leur quartier. C’est redevenu normal de vouloir vivre en ville, dans un cadre humain, propice aux déplacements actifs. Les jeunes familles souhaitent de plus en plus fonder leurs familles dans les quartiers centraux : M. L’Allier devait s’en réjouir, j’en suis convaincu.Évidemment, énormément reste à faire, mais M. L’Allier a su mettre les bases pour relancer le cœur de cette ville. En espérant maintenant que d’autres leaders de sa trempe sauront prendre le relais dans le futur.Au revoir M. L’Allier. Et merci pour tout.[ À lire aussi : Chapelle ardente pour Jean-Paul L’Allier et Des souvenirs de Jean-Paul L’Allier. ]