De Limoilou à la banlieue : le bruit des autres

Écouteurs
En banlieue, « pas de voisin de l’immeuble d’à côté qui écoute du hard core metal un mardi soir de canicule quand on a les fenêtres ouvertes pour attraper la moindre petite brise ».

Après plus de dix ans dans le Vieux-Limoilou, la migration vers la banlieue allait-elle être douceur ou clash ? Deuxième partie du récit d’une Limouloise de cœur qui retourne en banlieue après quinze ans d’absence.

Le jour du déménagement, le p’tit cœur en compote et des boîtes plein les bras, je rejoignais l’auto pour le vrai départ quand un inconnu, m’extirpant brutal de ma nostalgie, sortit de son logement et s’exclama derrière moi d’une surprenante phrase contenant :

  • un pronom personnel
  • un adjectif à caractère sexuel (utilisé dans la langue populaire pour signifier le fait d’être en érection)
  • un sacre à trois syllabes

Vivre en ville a son lot de surprises. J’aime la ville le soir, la ville la nuit, en même temps j’étais tannée du lampadaire all night long dans ma fenêtre. Des chars qui passent aux minutes dans ma rue. Des fêtards à la sortie des bars qui chantent tout seuls ou en gang :

Eille man, tchèque ça, j’fais le bruit d’la tronçonneuse avec ma bouche ! »

En banlieue — je l’ai dit, ce mot qui n’a pas souvent la cote auprès des amoureux de la ville, avez-vous grimacé en le lisant ? —, je dors mieux. C’est noir dans ma rue, noir dans ma fenêtre. Pas de voisin de l’immeuble d’à côté qui écoute du hard core metal un mardi soir de canicule quand on a les fenêtres ouvertes pour attraper la moindre petite brise, cette petite brise qui ne vient bien sûr jamais. Plus de sirènes des pompiers sur l’heure du souper. Je me suis rendu compte que si j’écoutais de la musique en permanence dans mon appart, c’était surtout pour enterrer les bruits des autres ! Maintenant c’est le vent dans les arbres et les zoizilleaux.Certains diront que je suis encore dans ma lune de miel, au travers des thuyas, érables de Norvège et épinettes bleues du Colorado. Ils ont peut-être raison. Peut-être que je vais trouver l’hiver long, dans ma baie window.Car ne soyons pas dupes. Je frapperai un jour ou l’autre mon Waterloo, quelque part entre les bricoleurs du dimanche et partys de piscine.En attendant je marche seule le soir dans mon nouveau quartier, comme à nos débuts, Limoilou, quand les gens pensaient que t’étais juste mauvais karma. Je découvre d’autres espaces, d’autres auras. Les tables de granit du p’tit parc, les buts de hockey dans les entrées et les lumières de Noël en spécial de Canadian Tire. Ça me donne envie d’avoir 15 ans pis de vivre mon premier french kiss dans l’abri tempo du voisin.À écouter : Banlieue des Cowboys FringantsÀ lire aussi : De Limoilou à la banlieue : à la guerre comme à la guerre