Entre Limoilou et Bangkok, un livre pour témoigner de l'impermanence du quotidien

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Images du livre Impermanence. Photos : Renaud Philippe.

Jour après jour, les côtes de Thaïlande sont la proie des eaux, alors que sa capitale, Bangkok, s’enfonce de presque cinq centimètres annuellement. Une réalité qui a frappé le photographe limoulois Renaud Philippe, qui en a fait le sujet d'un livre, Impermanence, lancé ce mercredi 7 décembre.

impermanence1Le golfe de Thaïlande assoit sa mainmise sur les régions côtières. Bangkok disparaît un peu plus chaque année. En une cinquantaine d’années, les rives ont ainsi reculé de quelque 10 kilomètres.Amené sur place dans le cadre d’un échange Québec-Bangkok, en 2015-2016, le photojournaliste Renaud Philippe a été confronté à cet état de fait. Au cours de ce séjour, il observe. De retour au Québec, cette réalité l’habite. Au fil de ses réflexions, il en ressortira un concept : l’impermanence, « cette idée que tout est éphémère, appelé à disparaître ».

Ce qui m’a particulièrement marqué, c’est de voir à quel point on est responsable de cette situation, à travers notre façon de consommer ou de construire en faisant fi de l’environnement. En fait, à sa façon, l’humain est à la fois la cause et la victime de cette impermanence… En soi, l’humain est impermanent, mais à travers son mode de vie, il en accélère le processus… », explique le Limoulois.

Résilience

impermanence3En effet, bien que le concept d’impermanence est perceptible dans le quotidien de tous, il prend un tout autre visage à Bangkok – Renaud Philippe retournera d’ailleurs une fois, deux fois au pays, de nouveaux séjours dans les zones touchées, dont le centre et la côte. Montrer les lieux menacés. Donner un visage aux victimes, « ceux qui subissent » tous ces changements.Le photojournaliste est ainsi allé dans ces zones où l’humain n’est d’ailleurs pas toujours conscient du phénomène, uniquement de ses conséquences… Entre résilience et résignation.

Les gens qui habitent sur le bord des côtes, oui, ils voient que leur maison doit se déplacer, que la mer prend de plus en plus de place. Il voient ce qui se passe. Mais, ceux qui habitent dans ces villages côtiers, bien qu’ils soient résilients, ils ne font pas partie des populations les mieux nanties ou les plus éduquées. Ils voient sans comprendre ce qui se passe », poursuit le voyageur.

Pour lui, c’est lorsque la crise sera arrivée aux portes des villes que la réaction viendra… Mais en mode « réaction », justement. Et il sera trop tard.

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Témoignage

impermanence4À travers tout ça, j’avais envie d’offrir une interprétation – autour de l’impermanence –, mais pas non plus de forcer cette interprétation, et cela sans être moralisateur », poursuit-il.

Ainsi, bien que des pistes soient suggérées par l’auteur, l’observateur est aussi invité à se laisser porter par le travail du photographe, par les moments captés au fil de ses pérégrinations. Montrer donc cette réalité qu’il a côtoyée, au fil de ses séjours, cette situation qui l’a touché, et sur laquelle il porte ainsi tant le regard de l’artiste que celui du journaliste. Entre intimité et documentaire.Et après une publication de quelques-uns de ses clichés dans Le Devoir, il a choisi d’aller plus loin dans sa démarche créative – une préoccupation qui l’a mené vers le livre, vers l’objet. Une première pour sa dizaine d’années de carrière.Résultat ? L’ouvrage Impermanence. Un livre d’images, certes. Mais accompagné de quelques textes et réflexions – dont un long poème signé Vanessa Bell. Pour l’imposant boulot de mise en page, d’organisation, le photojournaliste a été accompagné par Cyane Tremblay à la direction éditoriale, et par l’équipe de Criterium au design graphique.

J’ai saisi l’occasion pour travailler avec des gens, partager avec eux ma démarche, et les inviter à me faire une proposition… J’ai donné une direction, ils ont pris la balle au bond ! »

Tout ça au fil d’un an et demi de travail, pour ce que Renaud Philippe décrit comme « un projet de passion ».

Lancement le 7 décembre

Le livre Impermanence sera lancé ce mercredi 7 décembre, en formule 5 à 7 au Lieu (345, rue du Pont), où les 60 premières copies seront accompagnées d’un tirage photographique à édition limitée.Par la suite, l’ouvrage – édité à compte d’auteur avec un tirage total de 500 exemplaires – sera accessible en ligne sur le site professionnel de Renaud Philippe (ou sur sa page Facebook), et dans certaines librairies (dont celle du Musée national des beaux-arts du Québec).