Boulangerie Julie : Piano piano va lontano

Photos : Ann-Sophie Harvey
Photos : Ann-Sophie Harvey

Ce jour-là, une dame avec une canne entre dans la Boulangerie Julie. Elle vient payer ses trois pains qu’Anabel Pompilio lui apporte personnellement à la maison, chaque semaine, par temps froid. Pour la copropriétaire, c’est tout naturel : « C’est prendre soin des gens. » Portrait de cette boulangerie de Maizerets qui donne ses lettres de noblesse au concept de commerce de proximité, en dépit des défis que cela représente.

En 2014, le plus jeune fils du couple Bouet rachète la boulangerie familiale, dont ses parents exploitaient exclusivement le volet commercial depuis 1979. Avec sa conjointe Anabel Pompilio, il est prêt à relever les défis d’un commerce de quartier, à commencer par celui d’avoir pignon sur rue dans Maizerets.Boulangerie Julie« Je n’étais pas prétentieuse d’arriver et de dire ça va marcher parce que j’ouvre un commerce », lance la copropriétaire à propos de ce quartier qui n’a pas toujours eu bonne réputation, mais qui aspire aujourd’hui à se renouveler. À la satisfaction de celle qui a grandi dans le coin, « Maizerets devient un quartier de proximité ».Le couple a ainsi fait le pari de s’immiscer dans les habitudes de consommation des gens du coin et des alentours. Lentement mais sûrement :

On fait encore un petit peu banlieue, c’est-à-dire aller acheter son épicerie au complet dans un supermarché. On est un peu américain là-dessus, mais j’ai confiance en la nouvelle génération de personnes qui souhaitent de plus en plus des commerces de proximité », prédit Anabel Pompilio, enthousiaste.

Croître intelligemment

Il y a un proverbe italien qui dit piano piano va lontano. Petit à petit, on peut aller loin. Il ne faut pas forcer. »

Boulangerie JulieCe proverbe, lancé à propos par l’Italienne d’origine, est l’essence même des objectifs du couple pour la Boulangerie Julie.

On ne voulait pas être une start-up qui commence gros, gros, gros, et finalement, on n’y arrive pas, parce qu’il y a trop de perte. Je ne voulais pas que ce soit boom. Que le monde vienne parce qu’il entend parler d’une nouvelle affaire, mais qu’on n’est pas prêt, pas capable de fournir à la demande ou que finalement, ce qu’on offre ne leur plaît pas », affirme Anabel Pompilio, humblement.

Du bouche-à-oreille

D’ailleurs, le couple d’entrepreneurs mise beaucoup sur le bouche-à-oreille. « La meilleure publicité qui soit, c’est que les gens goûtent et qu’ils en parlent à d’autres », estime Mme Pompilio. Pour elle et son conjoint, c’était catégorique : ils ne feraient aucune publicité pour promouvoir leur nouveau commerce de détail et ses produits — par exemple, le croissant aux amandes, l’éclair au chocolat et le pain multigrains. « Je savais ce que ça impliquait, je savais que ce serait plus long, mais c’était correct. Ça me permettait d’offrir toujours plus. »Boulangerie JulieElle y voit une façon de laisser libre choix au client dans sa découverte du commerce, et de se donner une plus grande marge de manoeuvre pour investir dans son entreprise.

Quand je me mettais à la place du consommateur qui voit qu’un commerce qu’il aime évolue, pour moi, ça avait plus de poids. Ça me permet de remercier en même temps la clientèle [plutôt] que de payer de la publicité dans quelque chose qui n’était pas près d’eux », ajoute-t-elle.

Qui est Julie ?

« C’est une histoire de famille. Il y a une légende qui dit que Julie, pour Juliette, était la maîtresse de l’ancien, ancien propriétaire. L’ami de la mère de ma belle-mère. Apparemment, il avait une femme et apparemment, il a perdu les deux », conclut Anabel Pompilio en riant.

Boulangerie Julie1590, de Grandville418 523-3536