Danse de salon 2 : quand la danse contemporaine s’invite dans votre salon

Les artistes ont travaillé seulement dix heures dans un appartement inconnu avec la chorégraphe Karine Ledoyen.
Les artistes ont travaillé seulement dix heures dans un appartement inconnu avec la chorégraphe Karine Ledoyen pour présenter Danser de salon 2.

L’invitation était lancée par la chorégraphe Karine Ledoyen lundi dernier : le spectacle Danse de Salon 2 sera présenté dans un appartement secret de Limoilou, dévoilé uniquement au moment de la réservation des billets. Lors de trois représentations d’une vingtaine de minutes, 40 spectateurs ont pu apprécier la création de la chorégraphe, mettant en lumière 10 danseurs et comédiens de la relève… dans un salon !

Le pari était audacieux. En avril dernier, via sa compagnie Danse K par KKarine Ledoyen lance un appel de candidatures  à sept danseurs(es) et trois comédien(ne)s de la relève de la ville de Québec pour se joindre à un laboratoire de danse présenté dans un salon.

danse-de-salon-2-karine-ledoyen-solo-rodrigo-alvarengaJ’avais envie de travailler avec la relève, qu’on a peu l’occasion de voir en spectacle. Ça me sort aussi de ma zone de confort en ne collaborant pas avec des artistes auxquels je suis habituée. Ces jeunes artistes nourrissent beaucoup ma création pour ce projet, mais aussi pour d’autres avec ma compagnie », affirme la chorégraphe.

Également attirée par l’hyper proximité des spectateurs, Karine Ledoyen fait appel aux Productions Joker Joker pour la première édition de Danse de salon dans le Faubourg Saint-Jean-Baptiste. Le diffuseur nomade a pour mandat de présenter des spectacles dans des lieux proches du quotidien des gens, en dehors des salles traditionnelles. Joker Joker avait d’ailleurs déjà eu l’expérience de diffusion dans les appartements de la ville de Québec en 2015 avec Baiseriesune création théâtrale présentée dans des salons de Limoilou, Saint-Sauveur et Saint-Jean-Baptiste.

Temps de création : dix heures

Ce n’est qu’en arrivant à l’appartement, la veille des représentations, que la chorégraphe découvre son lieu de création.

Le spectacle est spécialement conçu pour l’appartement où l’on présente le laboratoire. On ne le présenterait pas de la même façon ailleurs », indique Karine Ledoyen.

danse-de-salon-2-karine-ledoyen-portee-rodrigo-alvarengaC’est là tout le défi : dans un salon qui paraît minuscule, il faudra faire danser 10 artistes. La chorégraphe choisit alors d’explorer l’espace à la verticale lors de nombreux portés qui font prendre de la hauteur à ses danseurs. Effet wow pour les spectateurs qui ne s’attendaient certainement pas à autant lever les yeux !En dix heures de création, il a fallu trouver un fil conducteur qui fusionnerait autant les trois comédiens que les sept danseurs, sans oublier Devil Dandy, musicien en performance en direct pour l’occasion. C’est à partir du début de la phrase « J’ai perdu » que les artistes ont pu ficeler leur danse. Karine Ledoyen leur demandait d’ailleurs : « Si vous me disiez ce que vous avez perdu, comment l’illustreriez-vous en danse ? » Les spectateurs ont ainsi eu droit à des images concrètes comme « j’ai perdu la gravité », interprétée par Rodrigo Alvarenga, qui ouvrait le spectacle dans une très belle prouesse d’acrobaties solo et collective ; aux plus abstraites comme « j’ai perdu mon cœur », empreinte de sensualité et de déchirement à travers l’interprétation de Marie-Chantale Béland et Samuel Bélanger et la tension musicale de Devil Dandy.danse-de-salon-2-karine-ledoyen-melissa-simardIl y a eu des moments comiques aussi avec « j’ai perdu mon empathie » de Chloé Rainville, où des projections webcam sur mur blanc ont fait le divertissement des spectateurs ; « j’ai perdu le temps » nous a fait douter du déroulement du spectacle tant le naturel d’Hubert Bolduc était désarmant ; alors qu’avec « j’ai perdu mon idée », Mélissa Simard et plusieurs danseuses ne savaient plus où donner de la tête pour illustrer le propos. « J’ai perdu mon français » d’Ariana Pirela Sanchez a fait un bel écho à la langue, qu’elle nous soit maternelle ou secondaire, rejointe par la fluidité énergique d’Angélique Amyot pour « J’ai perdu mon identité ».Valérie Pitre a transformé le mur du salon, animé par des projections, en partenaire de danse pour « J’ai perdu la mémoire ».  Odile-Amélie Peter, enfin, a conclu l’énumération avec un « J’ai perdu le fil » élancé.

Rendre la danse contemporaine accessible

danse-de-salon-2-karine-ledoyen-valerie-pitreC’est une réussite d’avoir créé cette oeuvre de salon en seulement dix heures avec des artistes de la relève qui ne se connaissaient pas ou peu. La fusion entre danseurs et comédiens, qui se sont improvisés dignement danseurs le temps des trois représentations, assortie de la musique de Devil Dandy créée spécialement pour l’occasion, était parfaite. Cette expérience donne une place privilégiée au spectateur pour mieux comprendre et vivre la danse, qu’il en soit amateur ou non, tellement il en est proche pendant la représentation.À la suite des vingt minutes de performance, les artistes se sont assis face aux spectateurs et ont pris une quinzaine de minutes pour recueillir leurs impressions et leurs questions.Danse de salon 3 sera présenté dans un nouvel appartement de Québec le 5 juin prochain à 00 h dans le cadre des activités satellites du Carrefour international de théâtre.À lire aussi : Baiseries : l’audacieuse intimitéÉcoutez Émile Beauchemin, codirecteur artistique et général des Productions Joker Joker, parler de Danse de salon 2 en entrevue à CKRL :https://soundcloud.com/ckrl891/danse-contemporaine-salon