« On va t’envoyer pensionnaire ! »

Pensionnaires
Photo courtoisie : Flickr/Leonard Bentley

À bout de ressources quand leur enfant était turbulent, certains parents brandissaient la menace ultime : « Si tu changes pas, on va t’envoyer au pensionnat. Ça va te mettre du plomb dans la tête, tu vas voir ! »

Le pensionnat… Juste entendre le mot me terrorisait ! Bolduc y avait passé une année scolaire et il nous raconta à son retour des histoires d’horreur dans la cour de l’école Saint-Fidèle, où la gang était réunie.

Les gars, dit-il sur un ton amer, j’ai passé la pire année de ma vie au pensionnat des Frères. On couchait dans un grand dortoir sur des lits aux barreaux d’acier, on s’levait à 6 h au son d’une cloche. On mangeait des toasts "frettes" au réfectoire en écoutant une prière, la messe tous les matins, pis l’école. La maudite discipline, les punitions pour tout et rien, les corvées de ménage. On s’couchait à 8 h 30 et on éteignait toutes les lumières pour qu’on s’endorme au plus sacrant. Il y avait un surveillant qui avait son lit entouré d’une toile blanche au fond du dortoir et il effectuait des rondes de surveillance. Des visites aux deux semaines dans un parloir, quatre sorties chez nous par année… »

J’étais mort de peur. La vie de pensionnaire ressemblait à une vie en prison. Jamais je n’irais au pensionnat, jamais je ne quitterais mon Limoilou, mes amis, mes parents.J’ai donc tout fait pour éviter cette vie de misère, mélangeant un comportement de bon ti-garçon et une prière à tous les soirs au saint dans le ciel qui protégeait les ti-culs de 12 ans des affres du pensionnat. Ça devait bien exister, ce genre de saint-là ? Il y en avait pour toutes les causes, pourquoi pas la mienne ?Les pensionnats existent encore, mais ils sont à des années-lumière de ceux des années 1950...