Un défi polaire pour des jeunes du quartier | 23 mars 2018 | Article par Stéphanie Vincent

Crédit photo: Virginie Leblanc

Un défi polaire pour des jeunes du quartier

Samedi, 8 h. Seize jeunes sont réunis en ce petit matin frisquet de février dans le stationnement du centre Louis-Jolliet. Ils habitent les quartiers centraux, mais ils viennent des quatre coins de la planète. L’ambiance est fébrile. Dans quelques instants, ils monteront dans un autobus, direction Montréal. Et, en cette troisième semaine de février, c’est à vélo qu’ils rentreront à Québec.

Ce défi polaire s’inscrit dans le cadre du forum jeunesse Ensemble, nous sommes le monde, organisé par Motivaction Jeunesse. C’est donc une expérience de vivre-ensemble qu’ils s’apprêtent à partager, mais aussi à communiquer autour d’eux au fil de la route. Dans le groupe, on retrouve des élèves d’une dizaine de nationalités, fréquentant le centre Louis-Jolliet ou l’école secondaire Vanier. Des immigrants et des Québécois. Des sportifs aguerris et des novices.

Le plus jeune, Tyar, a 12 ans et parle peu français, mais sa persévérance est vite soulignée par ses pairs. Les deux filles du groupe, Gina, originaire de la Colombie, et Anthonia, autochtone de Pessamit, se sont rapidement liées d’amitié. Arrivé il y a quelques mois à peine, Teddy a appris que sa demande d’asile avait été acceptée quelques jours avant le départ. Tous ont des rêves : devenir joueur de soccer, mais aussi faire son cours d’assistante dentaire, être ingénieur ou tout simplement avoir des amis québécois et pouvoir fonder un jour une famille.

J’ai eu le privilège d’accompagner ce groupe sur deux roues dans le cadre de mon travail. J’ai suivi leur progression pendant les semaines d’entraînement précédant le départ. Les sorties de spinning, de fatbike, de ski de fond… Les défis étaient nombreux, spécialement pour nos nouveaux arrivants : s’habiller en conséquence de la météo et du froid, trouver l’équipement approprié, s’ajuster à nos vélos, apprendre à rouler sur la neige et la glace. Et surtout, quoi qu’il arrive, être prêts à faire face à ce qui nous attendrait le jour J. Froid, vent, pluie, tempête…

Des immigrants et des Québécois, des sportifs aguerris et des novices, rassemblés pour un même défi.
Crédit photo: Virginie Leblanc

C’est un départ !

Le jour J est finalement arrivé. Les premiers kilomètres se font sans anicroche à Montréal sous un grand soleil. Le groupe est encadré par plusieurs intervenants ainsi qu’une bénévole hors pair, Patricia.  Un pacte a été conclu : ce défi doit se faire ensemble. La chimie se crée tranquillement dans le groupe et opère aussi sur la route. Le soir, nous dormons au centre aquatique Jacques-Dupuis, à Repentigny. Les jeunes en profitent pour faire quelques plongeons. Le lendemain, le soleil est toujours au rendez-vous, et nous avalons les 75 kilomètres devant nous sans difficulté.

Le troisième jour, nous faisons escale à l’école Chavigny, à Trois-Rivières, afin de donner une conférence autour des thèmes du vivre-ensemble, de l’inclusion et de l’intégration. Nous dormons au séminaire Saint-Joseph, où nous faisons aussi un tournoi de soccer avec les pensionnaires en soirée. Partout on nous accueille chaleureusement.

Les choses se corsent à l’aube du quatrième matin. Après une autre conférence, nous quittons le séminaire sous la pluie et le vent. On sort les ponchos. Nous sommes là pour rouler, peu importe ce que nous réserve la route. Nous dînons au sec dans une école primaire et nous rencontrons un groupe d’élèves. Après la pause, la pluie continue toutefois de nous défier et le mercure chute. C’est complètement gelés que nous voyons finalement poindre le centre communautaire de Sainte-Anne-de-la-Pérade.

Le lendemain, on constate qu’une tempête de verglas s’est abattue sur toute la région pendant la nuit. Autour de nous, la glace craque dans les branches et sur les fils électriques avant de se fracasser au sol, mais la route est assez dégagée pour que nous puissions rouler sans problème. L’école de Neuville, qui nous attend pour la nuit, a perdu l’électricité pendant une bonne partie de la journée, mais la situation est rétablie avant notre arrivée.

La chimie se crée dans le groupe et opère sur la route.
Crédit photo: Virginie Leblanc

Bien plus que 260 kilomètres

Le 22 février, au matin, il ne reste que 30 kilomètres à parcourir et l’excitation est palpable dans le groupe. Des journalistes nous accompagnent ainsi que le président d’honneur de l’expédition, Sébastien Lapierre. Nous approchons de la ville, le trafic se fait plus dense, mais nous roulons toujours en pelotons, concentrés.

Peu avant midi, c’est en grande pompe que nous sommes accueillis au centre Louis-Jolliet, notre point de départ, mais aussi notre point d’arrivée. La fierté se lit dans les yeux. Au terme de ces six jours ensemble, ce sont des défis qui ont été relevés, des amitiés qui se sont tissées, mais aussi des prises de conscience qui ont été faites. Ce qui nous rassemble est plus fort que ce qui nous sépare et chacun en a fait l’expérience. Pour ces jeunes comme pour nous qui avons eu la chance d’être à leurs côtés, le chemin parcouru totalise bien plus que ces 260 kilomètres.

Les vidéos du défi polaire sont accessibles en ligne.