Deuxième soirée de Limoilou en musique : exercices de style | 10 juin 2018 | Article par Anne-Christine Guy

Orloge Simard

Crédit photo: Viviane Asselin

Deuxième soirée de Limoilou en musique : exercices de style

Limoilou vibre en fin de semaine. Après une belle journée de bazar, les Limouloises, Limoulois étaient conviés à la deuxième soirée de Limoilou en musique. Au menu, le festif ensemble The Blaze Velluto Collection et le controversé Orloge Simard.

Avant que le soleil ne se couche

C’est devant une foule timide que The Blaze Velluto Collection a pris place sur la scène située à l’angle de la 3 Avenue et de la Canardière. Les enfants étaient réceptifs aux mélodies dansantes de cette musique inspirée des années 1960-1970, et la palme du meilleur public leur revient. Chez les adultes, bien qu’on pouvait voir quelques têtes marquer le rythme et des popotins se dodeliner, la réception était plutôt sage.

Si l’on fait fi de cet accueil qui, il me semble, aurait dû être beaucoup plus chaleureux, le groupe a offert une solide performance. Les chansons du Blaze Velluto Collection sont bonnes, bien ficelées et heureuses aux oreilles. Les arrangements sont intéressants avec une instrumentation parfois surprenante ; clarinette, flûte traversière et flûte à bec ont eu leur moment de gloire pendant le spectacle. La place importante réservée aux voix et les nombreuses pièces qui se terminent en choeur ajoutent au côté festif et donnent envie d’entonner les mélodies avec le groupe.

Le chanteur principal, d’un charisme nonchalant, est totalement dans son élément, tout comme la choriste Kathleen Roy, et tous deux sont appuyés par des musiciens de talent ; le plaisir sur scène était donc contagieux. Si vous n’avez pas encore vu The Blaze Velluto Collection, je vous le recommande chaudement.

Ce qui se passe juste la nuit

Le temps de changer les instruments sur scène, et le public avait aussi changé du tout au tout. Les petites familles avaient laissé place à une foule plus jeune principalement masculine, plus dense.

C’est devant un public déjà vendu qu’Orloge Simard s’est pointé sur scène. Il faut bien rendre à César ce qui appartient à César, Orloge Simard sait mettre le party dans la place. Les cinq Saguenéens ont pris le tapis avec une musique bien québécoise, où l’on sent l’influence d’autres orchestres comme les Québec Redneck Bluegrass Project, les Cowboys fringants, voire la dégaine typiquement jeannoise des Colocs.

Mais je me permettrai d’être rabat-joie – je ne serai pas la première d’ailleurs. Si musicalement, le projet peut être intéressant, c’est quand on écoute les paroles que le bât blesse. Orloge Simard a bien beau parler de philosophie « Aucuncadrisme », personnellement je n’achète pas cette théorie de deuxième degré. À entendre le public masculin entonner tels des hymnes des chansons bien grasses exprimant entre autres cette difficulté très « réelle » d’enfiler un condom, je doute fort qu’eux-mêmes y voient un deuxième degré.

Ce n’est pas la grivoiserie en soi qui me pose problème, mais bien le pourquoi on l’utilise ; si elle est véhicule à réflexion, si l’on tente de créer le malaise afin de bouleverser les idées reçues, j’embarque. Ici, cette ambivalence significative du deuxième degré n’est pas créée, et si la volonté est sincère, rien n’est mis en oeuvre pour donner au public l’heure juste. Selon moi, l’aspirant héritier de Mononc’ Serge et de Plume Latraverse utilise simplement la vieille excuse du second degré pour se permettre de dire ce qu’il veut sans trop s’en embêter.

Limoilou en musique se clôture ce soir avec la présence de Fred Fortin et, en première partie, le groupe The Johans, le tout gratuitement. C’est un rendez-vous, dès 20h.