Incinérateur : Québec veut réduire du tiers ses déchets | 9 février 2018 | Article par Véronique Demers

Crédit photo: Jean Cazes

Incinérateur : Québec veut réduire du tiers ses déchets

D’ici 2024, la Ville de Québec veut réduire du tiers la quantité de déchets prenant la route de l’incinérateur, en passant de 245 990 à 171 000 tonnes.

Quant aux boues incinérées, alors qu’on en comptait 20 000 tonnes métriques en 2016, elles seraient réduites à néant en 2024, puisqu’elles seront acheminées à l’usine de biométhanisation, dont la construction doit s’amorcer l’an prochain.

Soirée d’information sur l’incinérateur, 8 février 2018
Crédit photo: Véronique Demers

Au-delà de ces projections, la trentaine de citoyens venus au conseil de quartier de Maizerets le 8 février, animé pour l’occasion par le Comité de vigilance de l’incinérateur, ont manifesté de vives inquiétudes : dépassement des agents polluants selon les normes environnementales, absence de tri et manque de compostières. « On n’est pas rassurés. Le dépassement, ça nous pue au nez, ça nous fait peur », a exprimé une citoyenne.

Solutions à l’étude

Que ce soit des compostières, d’éventuels points de dépôt intermédiaires des écocentres ou du tri intégré à l’incinérateur, tous ces éléments sont à l’étude, assure Daniel Munger, du Service de l’environnement de la Ville de Québec. « Mais pour faire ça, il faut 70 M$. C’est un plan qui s’en vient avec la biométhanisation. On ne veut pas brûler les bonbonnes de propane », a-t-il souligné.

Depuis que la Ville a repris la gestion de l’incinérateur il y a trois ans, beaucoup de changements ont été effectués. Les dépassements [des métaux lourds], on ne les cache pas. Mais on va au-delà des normes environnementales qui demandent un échantillonnage annuel, alors qu’on en fait deux », a justifié la conseillère du district Maizerets-Lairet, Geneviève Hamelin.

L’arsenic, toujours un mystère

L’échantillonnage d’arsenic en juin 2017 a posé un problème majeur dans le four 4 de l’incinérateur. Ce four fera d’ailleurs l’objet d’un entretien particulier le 16 février.

On a échantillonné sur trois jours. Le 26 juin, c’était non détectable, le 27 juin, on a eu 176 (ug/m3), et le 28 juin, c’était non détectable. Qu’est-ce qui s’est passé ? Le système d’épuration des gaz a donné zéro efficacité. On est revenus à l’envers, à l’entrée du four. On peut trouver de l’arsenic dans les boues, mais il n’y en a pas assez. On cherche la cause, car on l’ignore », a reconnu M. Munger.

« Nourrir la bête »

Un incinérateur doit être nourri quotidiennement de déchets pour être rentable. Un citoyen a critiqué la Ville de Québec, lui reprochant de nourrir intentionnellement la « bête » pour en vendre ensuite la vapeur. Bien que la Ville de Québec s’était engagée en 2005 à fermer l’incinérateur en 2024, elle a fait volte-face en décidant de prolonger sa vie.

Je ne crois pas que la Ville a un plan machiavélique de nourrir la « bête ». Il a été question en effet de sa fermeture, mais autrement, quel élément d’élimination sera-t-il prévu ? Si la Direction de la santé publique jugeait dangereux l’incinérateur, elle aurait demandé de le fermer. […] On donne deux ans à la Ville pour arrêter d’avoir des dépassements sur les polluants. Il faut respecter les normes en tout temps et aller plus loin pour améliorer notre performance », souligne Alexandre Turgeon, du Conseil régional de l’environnement.

Gestion des matières résiduelles : 5 objectifs à Québec

  • Réduire à 602 kg/habitant/an la quantité de matières éliminées
  • Valoriser 62 % des matières organiques
  • Récupérer 70 % des matières recyclables
  • Récupérer 89 % des résidus CRD (construction, rénovation et démolition)
  • Récupérer 51 % des RDD (résidus domestiques dangereux) et des autres résidus