Novembre 1957 : quand je me prenais pour Charlie Hodge | 4 novembre 2018 | Article par André Lévesque

«Et puis, quand il fera vraiment assez froid, nos parents feront des patinoires dans nos arrière-cours.»

Crédit photo: Mike Gifford

Novembre 1957 : quand je me prenais pour Charlie Hodge

Novembre, maudit mois platte ! Heureusement, pour passer à travers les journées grises, on a les nouvelles cartes de hockey et les beaux souvenirs de nos Canadiens qui ont gagné la coupe Stanley au printemps.

On en a parlé tout l’été à Limoilou, et comme de vieux radoteux, on s’est remémoré les buts du Rocket et de Béliveau, les arrêts époustouflants de Jacques Plante, les feintes de Doug Harvey. On a passé un bien bel été ! Mon oncle me disait que quand le Tricolore gagnait, il dormait mieux. J’ai vérifié et c’est vrai. J’ai bien dormi pendant la belle saison de 1957. Bien sûr, les ti-culs de 11 ans dorment toujours bien, à moins d’avoir mangé un gros chips et bu une Orange Crush avec de se coucher. Là, on fait des cauchemars. Ça m’est arrivé une fois.

Mais la grisaille de novembre perdure. Tous les matins, j’ouvre les rideaux de ma fenêtre de chambre pour voir si c’est blanc dehors. On a beau jouer au hockey pendant les quatre saisons, c’est plus l’fun quand c’est froid et qu’il y a de la neige. Et puis, quand il fera vraiment assez froid, nos parents feront des patinoires dans nos arrière-cours. Ça, ce sera la vraie de vraie saison de hockey !

Image fournie par André Lévesque

En attendant, c’est dans la rue ou dans la ruelle qu’on se prend pour des joueurs des Habitants. Dumais, c’est le Rocket, Bédard, Jean Béliveau car il est le plus grand de la gang. Moi, je suis Charlie Hodge, un goaleur de ma taille. Il mesure 5 pieds 6 pouces, sur patins bien sûr !

On joue avec une balle de tennis qui rebondit partout. Pas facile à arrêter, cette affaire-là, même si je crois être le goaleur des Canadiens. Charlie Hodge, j’en suis certain, se ferait scorer une dizaine de buts au hockey-balle de tennis. C’est ce que je me dis pour me rassurer sur mes talents de gardien… « Attendez les gars qu’on joue sur une vraie glace, vous allez voir ! » que je répète à mes coéquipiers. Ils font semblant de me croire.

Puis, un matin, tout est blanc, dehors. La vraie saison peut commencer. Papa m’a promis de faire la glace dans la cour quand ça descendra sous le point de congélation. Je vais vérifier le thermomètre tous les jours.

Novembre aura été le camp d’entraînement.

On ne savait pas à l’époque que les joueurs du Bleu-Blanc-Rouge gagneraient la fameuse coupe trois autres années de suite, pour un total de cinq, et qu’on dormirait si bien grâce à leurs exploits !

À consulter : le site As de Québec – Quebec Aces (par André Lévesque).