Ma vie à Québec | 6 mai 2018 | Article par Monlimoilou

Crédit photo: Jean Cazes

Ma vie à Québec

Née à Limoilou il y a 77 ans, sur la rue Flynn, Nicole Hamel fait de son quartier d’enfance l’objet de ce récit qu’elle a souhaité partager avec les lecteurs de Monlimoilou.

Je suis née dans la paroisse Saint-Charles de Limoilou, il y a plusieurs décennies. La petite rue où j’habitais se situait à l’ombre de l’immense couvent de pierres. Curieuse de nature, j’affectionnais les cours dispensés par les sœurs enseignantes. Malgré le fait que nous n’allions pas dans les mêmes écoles, les garçonnets et les fillettes se retrouvaient pour jouer ensemble. Ces jeux communautaires et les personnages des logements façonnaient ma personnalité à mesure que je grandissais. Il y avait les tristes, les joyeux, les gentils, les exaltés et ceux que j’évitais.

Plus nos corps d’enfants se transformaient, plus les garçons et les filles du voisinage s’éloignaient les uns des autres. Un nouveau monde s’ouvrait à moi. Les quelques rues et ruelles qui me servaient de territoire étaient devenues trop limitées. La puberté et le cercle d’amis ne correspondaient plus à la vision de mon univers. Des adolescentes habitant d’autres paroisses venaient s’instruire au couvent. Ma vie changeait. Je découvrais des endroits différents. Le samedi, en groupe, nous allions au cinéma dans le quartier voisin. Je pouvais même aller magasiner seule, « en ville », et acheter les vêtements nécessaires à mon habillement. Les magasins de la rue Saint-Joseph satisfaisaient mes plaisirs modestes.

La fin de mes études représentait, également, le début d’une autre étape de vie. Le travail, les « amourettes » et la maturité remplacèrent l’insouciance et l’indolence d’enfant. De nouvelles responsabilités faisaient, maintenant, partie de mes contraintes quotidiennes.

Puis un jour, l’amour s’est infiltré dans mon cœur. Lui, venant de la Haute-Ville, me vantait les plaines d’Abraham et le parc des Braves, tandis que je lui montrais le parc Victoria. Nous déambulions dans des secteurs incroyables du centre-ville de Québec. Que de lieux chargés d’histoire avons-nous découverts durant nos fréquentations ! Au cours de ces mêmes circuits, chacun se révélait. Une confidence, un secret…

Le mariage et l’arrivée des enfants nous éloignèrent des quartiers centraux. Nous nous sommes enracinés à deux pas de Wendake. Nous avons quitté nos paroisses afin de donner des espaces verts à nos petits. Ils grandissaient entourés de plusieurs gamins. Ils jouaient, eux aussi, dans la rue. Devenus jeunes adultes, ils ont souhaité s’établir ailleurs. Selon les impératifs, ils s’installèrent successivement dans les quartiers Duberger, Montcalm, Saint-Odile et Neufchâtel. Ce qui leur a permis de comprendre les diversités culturelles.

Depuis deux ans, mon fils et sa famille se sont installés dans la paroisse Saint-Charles de Limoilou, à quelques rues de celle où je suis venue au monde. Voilà que les trentenaires ont envahi les logements devenus, maintenant, des condos. Pour eux, cet arrondissement est séduisant, car les épiceries du coin se sont converties en café, en bistro, en boulangerie ou en divers commerces bio. Pour moi, ce quartier rempli de souvenirs est, à la fois, semblable par l’extérieur des résidences et différent par ceux et celles qui l’habitent maintenant.

C’est ce que nous appelons les cycles de la vie.

Collaboration spéciale : Nicole Hamel