Gros n’est pas une maladie | 13 avril 2019 | Article par Catherine Breton

Crédit photo: Marion Desjardins

Gros n’est pas une maladie

La « grossophobie » est une question de bienveillance avant tout.

« La première fois que je me suis demandé si je pouvais établir des liens entre les discriminations systémiques reconnues par la société (comme le racisme, le sexisme ou l’homophobie) et la discrimination que vivent les personnes grosses, je me suis aussi demandé si j’allais trop loin. »

L’humanité, les propos intelligents et l’approche sensible du journaliste et chroniqueur Mickaël Bergeron sont bien connus des gens qui le lisent régulièrement ou qui l’écoutent à la radio.

Cette fois, c’est pour nous parler de « grossophobie » que Mickaël Bergeron publie un livre. Un heureux mélange de témoignages personnels, d’anecdotes souvent douloureuses, d’analyses et de statistiques.

Multicouches

Mickaël Bergeron a probablement choisi la meilleure approche pour parler de « grossophobie » en l’abordant sous plusieurs angles. Il en parle de son point de vue, mais également à travers des témoignages qu’il a recueillis et via des analyses sociologiques, scientifiques ou historiques.

La superposition des chapitres fait en sorte que nous finissons par réellement prendre contact avec la réalité qu’il vit au quotidien.

Un des premiers mythes qu’il tient à démonter est le suivant : être gros n’est pas une maladie.

« Tout le monde sait qu’être gros n’est pas bon pour la santé. Tout le monde le sait… mais ce n’est pas vrai. […] C’est aussi faux que croire que la minceur est un signe de bonne santé. Les personnes minces peuvent avoir tous les cancers du monde, souffrir de fibrose kystique… »

Les idées préconçues à propos des personnes grosses se retrouvent littéralement partout, de la sphère vestimentaire à la sphère alimentaire, bien entendu. À ce chapitre, Mickaël Bergeron nous fait réaliser qu’il n’y a aucune issue possible : s’il mange de la salade, c’est parce qu’il est au régime; s’il mange du fast food, ça explique tout; s’il ne mange rien aussi. Le cocktail parfait pour nourrir une relation malsaine avec les plaisirs de la table.

Pour la plupart d’entre nous, partager un repas, c’est une occasion de passer de bon temps avec nos familles et nos amis. Entre les lignes, on comprend que pour Mickaël, la solitude prend toute la place à table.

Au fil des ramifications des courts chapitres qui constituent La vie en gros, Mickaël Bergeron nous parle de dignité essentielle, mais surtout de bienveillance. Tout le monde mérite le respect, que tu fittes dans le moule ou pas. Et cette bienveillance, elle est dans la subtilité du regard et des petits gestes. Elle est dans la délicatesse éthérée de ce qui se ressent sans se voir. Elle réside dans le climat social et dans ce que nous acceptons socialement, ou pas :

  • les blagues sur les gros et les grosses;
  • l’image et les préjugés sur les gros et les grosses dans l’espace social;
  • les rôles et stéréotypes qu’on leur colle.

Toutes ces absurdités qu’on adopte et qui deviennent la norme. Ces modèles et ces moules contraignants pour ceux qui n’y correspondent pas, contribuent à nourrir les idées préconçues sur les laissés-pour-compte, les « pas de la bonne grandeur, grosseur, couleur », etc.

À travers les yeux de Mickaël

Je ne sais pas si lire sur le sujet a fait en sorte que je me suis mise à voir PARTOUT les discriminations dont Mickaël Bergeron parle dans son livre. Soudainement, mon attention s’est portée sur la nature des personnages au petit et au grand écran qui sont confiés à des gros et des grosses. Sur Facebook aussi, dans la même semaine, j’ai remarqué les vidéos humoristiques qui se paient la tête des gros.

L’amour

Dans un des tout derniers chapitres de son livre, Mickaël nous parle de l’acrasie. Un terme qui n’existe qu’en philosophie et qui décrit le fait de flancher devant les bons actes à accomplir. Il fait bien sûr un parallèle avec les défis qu’il rencontre dans sa vie, mais aussi avec notre propension naturelle, nous les humains, à l’inaction devant la montagne à franchir, en matière d’environnement par exemple. Et il termine ce chapitre par ces deux petites phrases pleines de lumière.

« J’ai cru en moi quand j’ai cru en mon avenir.
Le monde croit-il en l’avenir ? »

La question peut vous paraître loin du sujet, loin de la « grossophobie ». Mais comme l’avenir est une question collective et que la bienveillance dont Mickaël parle si souvent dans son livre en est un ingrédient essentiel… Je vous laisse faire le lien entre notre besoin à tous de croire en nous-même, en notre avenir, en la santé de notre planète et de nos climats sociaux et cette indispensable bienveillance.

Toutes ces choses demandent d’ouvrir les valves de notre douceur, de notre bonté, de notre humanité. Ça demande de l’amour. Beaucoup d’amour.

Pour répondre à la première question de Mickaël, à savoir s’il va trop loin en comparant le sujet au racisme, au sexisme ou à l’homophobie, je dirais que non. Dénoncer les discriminations nous fait avancer et m’apparaît comme une preuve d’amour.

Présent au Salon international du livre de Québec, Mickaël Bergeron sera au kiosque des éditions Somme toute pour une dernière séance demain, dimanche 14 avril, de 10 h à 11 h.