Laurence Caron-C., artiste multidisciplinaire | 29 novembre 2019 | Article par Jason Duval

Crédit photo: Jason Duval

Laurence Caron-C., artiste multidisciplinaire

Laurence Caron-C. vient de sortir « La mort habite ici », un recueil de poésie, une célébration de la vie. Monlimoilou vous offre aujourd’hui le portrait de cet artiste queer complexe, mais surtout charmant.

Artiste queer, il faut introduire Laurence Caron-C. par le pronom iel, qui définit à la fois l’homme et la femme. Dans un univers artistique complet, réunissant la photographie, le dessin, la peinture et l’écriture, iel offre un porfolio impressionnant. Un portfolio intelligemment confrontant, qui pousse le public à réfléchir sur la nature humaine et les différences d’une société ancrée dans ses traditions.

Un besoin vital de création l’habite depuis plusieurs années. Iel crée pour vivre. Iel a créé pour se sortir de ses problèmes. Dernièrement, après avoir rencontré l’amour et obtenu une bourse de Première Ovation, Laurence Caron-C. peut ajouter le titre d’auteur.e à son nom avec La mort habite ici.

Ayant trouvé refuge dans le quartier Limoilou, iel y retrouve une diversité qu’iel aime. Une diversité s’acceptant et gavitant autour d’un quartier coloré et actif.

Je suis ni un homme ni une femme

Toute sa vie, jusqu’à récemment, Laurence s’est questionné.e sur le genre humain, son genre humain. Des questionnements qui l’ont poussé.e à réfléchir profondément sur la nature humaine, mais aussi sur les différents stéréotypes que la société moderne impose. « Je suis un homme. Je suis une femme. » Laurence Caron-C. va plus loin que homme ou femme, iel n’est ni un ni l’autre. Une différence marquée qui lui a fait vivre une descente aux enfers.

À l’adolescence, Laurence, Laurent à l’époque, se fait harceler, intimider, battre et vit les pires violences psychologiques que vous pouvez imaginer. Rejeté.e par ses camarades de classe, reclus.e dans son coin, ses questionnements se font déjà omniprésents dans sa vie. Si la réalité des gens dits différents est parfois difficile en ville, elle l’est toujours dans certaines régions du Québec. Des régions où la différence est mal comprise et où les normes sont toujours présentes.

Pour sortir de cet enfer, iel se refugie dans l’univers de la toxicomanie et connait une véritable descente aux enfers. Une descente abrupte, mais qu’iel sait surmonter. Plus fort. Plus solide. La tête toujours pleine de questionnements, mais aussi des interrogations l’inspirant à créer. Ancien.ne enseignant.e dans le Grand Nord québecois, iel cultive ses idées, écrit quelques phrases avant de revenir dans la grande ville de Québec. Iel rencontre Sébastien, c’est l’amour fou ! C’est l’amour artistique. C’est le vrai amour. Fait cocasse : chaque année, ils souhaitent se remarier, dans une cérémonie encore plus grandiose. Juste pour prouver qu’un mariage, ça veut pas dire grand-chose.

Cet amour que Sébastien lui donne, c’est une nouvelle source d’inspiration. L’un est artiste visuel, l’autre écrit des poèmes. Ils communiqueront dans leurs langues respectives, se répondant par des dessins et des vers. Des échanges passionnés et un retour dans le Grand Nord, amenant Laurence aux prémices du projet littéraire « La mort habite ici ».

La mort habite ici

C’est il y a quelques mois qu’a commencé à germer l’idée de ce livre. Avec l’aide de Première Ovation, le projet de Laurence Caron-C. s’est concrétisé. C’est alors qu’iel était dans le Grand Nord québécois que sont venues quelques idées de textes. C’est un livre de poésie funeste pour certains, mais la principale idée derrière ce livre, c’est de célébrer la vie de ceux nous ayant quittés. Confronté.e à des idéologies, une structure et une culture différente, iel sera fasciné.e par leur approche de la mort. Laurence l’explique, très brillamment.

« Dans le Grand Nord, l’approche de la mort est pas pareille qu’ici. À Québec, y’a combien de gens qui meurent chaque jour? Personne ne le sait. Là-bas, une personne meurt et tout le monde le sait…»

Ce sont ces quelques différences, majeures dans la société, qui inspireront Laurence à leur dédier un chapitre en entier de son livre.

Si quelques textes peuvent sembler pessimistes, ce n’est pas le cas. Il faut voir le livre de Laurence Caron-C. comme une célébration de la vie, et non l’approche de la mort. Séparé en trois parties distinctes, le livre est un long échange entre l’auteur.e et ses pensées. Quelques notes écrites sous l’influence d’un coucher de soleil magnifique. Des lettres d’amour écrites à Sébastien. Le deuil vécu par la perte de sa grand-mère. De façon très touchante, iel parle de sa grand-mère, Carmen, comme une femme ayant toujours cru en lui. Une femme lui ayant donné une force intérieure fabuleuse, qu’aujourd’hui iel utilise.

« J’ai jamais été aussi proche de ma grand-mère que depuis qu’elle est morte. Y’a pas une journée où on se jase pas », dit Laurence, remplie de gratitude.

C’est sans aucun doute, et avec beaucoup d’espoir, qu’avance désormais Laurence Caron-C. dans la vie. Aimé.e. Inspiré.e. Apprendre. Toujours sans doute, l’avenir de Laurence est belle et intrigante.