Le <em>newsie</em> de la 15e Rue | 31 mars 2019 | Article par André Lévesque

La gare Lairet, dans le Vieux-Limoilou. 4 février 1964. Photographes Lefaivre et Desroches.

Crédit photo: Collection Jocelyn Paquet

Le newsie de la 15e Rue

On voyait passer devant chez nous monsieur St-Onge, qui allait prendre l’autobus au coin de la 14e Rue.

Monsieur St-Onge était un homme d’une cinquantaine d’années, toujours souriant, affable, et qui n’oubliait jamais de nous saluer gentiment. Il portait un uniforme d’employé de chemin de fer et une casquette sur laquelle on pouvait lire : « CPR- News Agent ».  C’était intrigant, d’autant plus que monsieur St-Onge transportait toujours une énorme valise qui semblait très lourde.

Un jour, je demandai à ma mère :

« Maman, qu’est-ce qu’il fait comme travail, monsieur St-Onge ? »

« Il est newsie, me répondit-elle. Il travaille sur le train Québec-Montréal. »

Tous les métiers du chemin de fer de cette époque avaient des noms anglais : brakemanconductor, bagageman, porter, dispatcher. Je les connaissais tous, sauf newsie.

Je cherchai en vain ce mot dans mon dictionnaire anglais-français : je ne trouvai que le mot « news », « nouvelles ». Je pensais donc que notre voisin vendait des journaux dans un train, tout en croyant que c’était impossible de faire vivre une famille avec ce genre de travail.  J’imaginais cet homme transportant dans sa valise des dizaines et des dizaines de copies du journal Le Soleil, de L’Action catholique et du Quebec Chronicle Telegraph.

Je me mis à calculer qu’à dix cennes la copie, monsieur St-Onge devait vendre plus de 100 journaux par voyage pour pouvoir tirer un maigre salaire. Mais c’était impossible de transporter tout ça dans une seule valise…

Je redemandai à maman :

« Il vend des journaux, le newsie ?  Ça ne doit pas être très payant comme job… »

Mais non, pas seulement des journaux, voyons ! Il vend aussi des magazines, des liqueurs, du café, des sandwiches, du chocolat, des chips et des cigarettes à bord des trains. Sa femme prépare les sandwiches à la maison et, lui, il les vend. Pour les autres articles, il les achète à l’épicerie et il les revend aux passagers du train en faisant un profit. C’est pas mal payant, qu’on m’a dit. En plus, la compagnie lui paie un salaire. C’est un métier honorable.

« Intéressant comme boulot ! » me suis-je dit. C’est comme être un entrepreneur sur rails. Je commençai donc à entrevoir mon avenir au Canadian Pacific Railway à titre de newsie. Mais comme tous les enfants de 12 ans, ça ne dura pas longtemps. Le lendemain, j’avais changé mon « plan de carrière ». Je serais pompier…

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