Chronique d’une rivière disparue : Enquête du département de la santé et projet de canalisation dans les années 1940 | 24 avril 2020 | Article par Réjean Lemoine

La rivière Lairet dans le Vieux-Limoilou, bien des années avant sa canalisation, le 16 septembre 1949.

Crédit photo: Archives de la Ville de Québec

Chronique d’une rivière disparue : Enquête du département de la santé et projet de canalisation dans les années 1940

Ce cinquième article d’une série de huit textes souhaite apporter un peu de printemps à votre journée. Ainsi, en cette période de confinement, Monlimoilou réactualise les articles de notre collaborateur et historien Réjean Lemoine qui ont particulièrement retenus votre attention de 2010 à 2014.

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La pollution de la rivière Lairet provoque des plaintes de plus en plus fréquentes au début des années 1940.

Il y a d’abord les récriminations des médecins de l’hôpital Saint-François d’Assise qui demandent qu’on éloigne le cours d’eau pollué près de l’établissement. Puis suivent les plaintes des comités de citoyens : par exemple, en 1942, la Ligue des citoyens de Stadacona dénonce la pollution causée par trois écuries qui déversent leur fumier dans la rivière. Bien en amont, d’autres résidents en ont contre les comportements des agriculteurs de Gros Pin et de Charlesbourg qui déversent des déjections humaines et animales dans la Lairet.

Face à cette situation, le maire de Québec, Lucien Borne, demande au département de santé municipal de la Ville d’effectuer une enquête exhaustive sur l’état de la rivière Lairet. Au cours de l’été 1945, sous la supervision du médecin-hygiéniste Berchmans Paquet, les employés municipaux Joseph Gilbert et Louis-Philippe Bégin sont chargés d’inspecter chacune des propriétés le long de la rivière. En novembre, le docteur Paquet fait rapport au conseil municipal : il dénonce « l’état absolument antihygiénique, insalubre et condamnable de la Lairet.

Des déchets et des maladies

La rivière déborde de déchets, rebuts, détritus et d’immondices. Les habitations le long des rives vivent au contact immédiat avec ces immondices dans une atmosphère viciée propre aux maladies ». Il signale la présence de nombreux dépotoirs sur le parcours de la rivière. Il constate également son débit inégal qui provoque des inondations au printemps, et durant l’été, qui rend l’eau stagnante et putride en périodes de sécheresse. Le médecin ajoute : « Les nombreux enfants du quartier jouent et se baignent dans la rivière et risquent ainsi d’attraper la tuberculose, la diphtérie, la typhoïde ou la scarlatine. »

Ce risque de contagion s’étend ainsi à tous les citoyens de la ville. Il suggère de condamner ce cours d’eau considéré comme une source d’épidémies. Berchmans Paquet en arrive à ce constat : « La rivière Lairet est l’une des grandes causes d’insalubrité qui existe dans la ville de Québec ».

Le docteur Paquet recommande donc de parachever le réseau d’égout collecteur de la ville amorcé avant 1939 dans les quartiers Saint-Roch et Saint-Sauveur. Il faut également écluser et dresser un barrage à l’embouchure de la Saint-Charles afin de faire cesser les marées qui repoussent les déchets dans la Lairet. En attendant, le médecin recommande de nettoyer régulièrement les berges et le lit de la rivière Lairet. Mais la vraie solution consiste à creuser, redresser ou canaliser cette rivière : à cet effet, l’ingénieur municipal Édouard Hamel avait déjà travaillé en 1941 sur un plan visant à la faire disparaître du paysage limoulois.

Principales sources pour cette chronique : Archives de la Ville de Québec et de l’hôpital Saint-François d’Assise. Dossiers de correspondance des maires Lucien Borne et Wilfrid Hamel. Le Courrier de Limoilou, L’Action Catholique et Le Soleil de l’époque.

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