Chronique d’une rivière disparue : Les difficiles années 1950 | 21 mai 2020 | Article par Réjean Lemoine

La rivière Lairet en 1953. On devine, en arrière-plan, l’hôpital et l’église Saint-François d’Assise.

Crédit photo: Archives de la Ville de Québec

Chronique d’une rivière disparue : Les difficiles années 1950

Monlimoilou réactualise les articles de notre collaborateur et historien Réjean Lemoine qui ont particulièrement retenus votre attention de 2010 à 2014. Ce septième article d’une série de huit textes revisite l’histoire de la rivière Lairet.

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La rivière Lairet passera à l’histoire comme la terre promise des ambitieux, des coulissiers et des politiciens…

Au début des années 1950, le quartier Limoilou connaît une urbanisation accélérée. De nouvelles paroisses se créent au nord de la 18e Rue : Sainte-Claire d’Assise en 1950, Saint-Pie X en 1955 et Saint-Paul Apôtre en 1956. La construction de bungalows et l’arrivée de jeunes familles provoquent une augmentation rapide de la population. Le quartier voit sa population doubler de 30 000 à 60 000 résidents. Mais le maire de Québec est incapable de concrétiser les deux projets les plus importants du quartier : la canalisation de la rivière Lairet et la création du parc Cartier-Brébeuf. Pendant ce temps, la rivière continue de se dégrader…

En 1951, les citoyens de Charlesbourg refusent par référendum de se doter d’un nouvel égout collecteur. Ainsi, les eaux usées des nouveaux quartiers en développement de cette ville se déversent dans la Lairet, augmentant la surcharge de pollution. À l’automne 1949, la Ville de Québec avait fait installer 25 enseignes le long du cours d’eau qui indiquaient : « Défense absolue de déposer des déchets ou de la terre sur les bords de cette rivière ». Comble d’ironie, quelques mois plus tard, des employés municipaux se font prendre à déverser de la terre dans la rivière !

« Une population de 60 000 âmes peut très bien s’administrer elle-même »

L’exaspération des citoyens atteint son paroxysme en 1953 lorsque le Bureau provincial d’hygiène empêche la construction de l’école primaire Sainte-Claire d’Assise à cause de l’insalubrité de la rivière. La Ligue des citoyens de cette paroisse, au nom des 1 500 familles vivant près de la Lairet, réclame sa canalisation dans les plus brefs délais. Elle dénonce le fait que le quartier Limoilou ne bénéficie pas d’un système d’égout adéquat. Faisant office d’égout collecteur, le cours d’eau bloque le développement de 64 rues dans le quartier. La Ville met le feu aux poudres en proposant de remplir des boucles de la rivière avec les déchets domestiques de tous ses quartiers !

Un comité inter-paroissial, formé de toutes les ligues de citoyens de Limoilou, songe sérieusement à proposer un référendum pour faire sécession de la ville de Québec. En mai 1953, Le Courrier de Limoilou signe un éditorial : « On laisse un quartier à l’abandon sous prétexte de manque d’argent. Une municipalité comme Limoilou ayant un montant taxable de 40 millions $ et une population de 60 000 âmes peut très bien s’administrer elle-même ». Les politiciens municipaux se doivent de réagir vite : les citoyens sont fatigués du jeu de cache-cache entre le provincial et le fédéral qui refusent de financer la canalisation de la rivière Lairet et la réalisation du parc Cartier-Brébeuf.

En 1955, pour limiter les odeurs épouvantables que dégagent la Lairet, les autorités décident, de prendre les grands moyens en épandant dans la rivière un produit chimique considéré aujourd’hui comme dangereux. À partir d’une petite station d’épandage située sur la rue des Lilas, la Ville va faire déverser 45 gallons de Cloroben, au rythme de 250 gouttes à la minute. Le chimiste Dominique Gauvin, du laboratoire municipal, constate le résultat: « Malheureusement, la rivière est quelque peu poissonneuse et les poissons affectés par le traitement roulent et vont mourir dans les longues herbes au bord de la rivière. Ils se décomposent et produisent de mauvaises odeurs. » La Ville va également déposer des petits sacs de poison pour exterminer les rats afin que ceux-ci n’établissent pas leur quartier d’hiver sur les bords de la rivière. Des clôtures sont également installées à certains endroits pour empêcher les enfants d’avoir accès aux berges…

Principales sources pour cette chronique : Archives de la Ville de Québec et de l’hôpital Saint-François d’Assise. Dossiers de correspondance des maires Lucien Borne et Wilfrid Hamel. Le Courrier de Limoilou, L’Action Catholique et Le Soleil de l’époque.

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