Chronique d’une rivière disparue : Les premiers signes de détérioration de la Lairet | 8 avril 2020 | Article par Réjean Lemoine

Vue aérienne du parcours de la rivière Lairet en 1948. Repères : embouchure sur le site actuel du parc Cartier-Brébeuf (1), emplacement de l’église Saint-François-d’Assise (2) et localisation de l’hôpital (3).

Crédit photo: Centre d’information géographique et statistique, Université Laval.

Chronique d’une rivière disparue : Les premiers signes de détérioration de la Lairet

Ce quatrième article d’une série de huit textes souhaite apporter un peu de légèreté à cette crise sans précédent. Ainsi, en cette période de confinement, Monlimoilou réactualise les articles de notre collaborateur et historien Réjean Lemoine qui ont particulièrement retenus votre attention de 2010 à 2014.

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La dégradation de la rivière Lairet débute dans les premières décennies du XXe siècle.

En 1898, la Compagnie de l’Exposition Provinciale achète la ferme du juge Bowen pour y tenir sa foire annuelle. Pour avoir accès au site de l’Exposition, la Ville fait construire une ligne de tramway reliant directement le quartier Saint-Roch au site de l’exposition par le Parc Victoria et la Pointe-aux-Lièvres. Le promoteur immobilier Eugène Leclerc, aussi maire de Limoilou, et son associé Eugène Lamontagne achètent des terres agricoles autour du parc de l’Exposition pour profiter de l’arrivée du tramway.

Le projet immobilier du Domaine Lairet est lancé en 1909 face au terrain de l’Exposition et la Compagnie des Terrains d’Orsainville rachète la propriété Parke qui comprend tous les terrains à l’embouchure de la Lairet. Au début des années 1910, une centaine d’habitations sont construites à proximité ou sur les rives du cours d’eau. Des travaux de diversion du cours de la Lairet sont aussi quelques années plus tard afin de diminuer le nombre de méandres de la rivière, surtout dans le secteur de la 1re Avenue, de la rue Saint-Adélard et du boulevard des Alliés.

Avec l’urbanisation arrive la pollution de la rivière… Plusieurs dépotoirs se créent le long de la Lairet ; les nouveaux résidents s’en servent comme égout collecteur ! Qui plus est, dans la décennie 1930, soit avant la construction de son incinérateur, la Ville de Québec utilise l’embouchure de la rivière pour y déposer tous ses déchets.

En 1938, Alphonse Lambert qui demeure sur la rue Lamontagne se plaint à la Ville – comme d’autres citoyens -, de la présence d’un dépotoir au bout de la rue de l’Acadie. À cette hauteur, le lit de la rivière Lairet est rempli de déchets et de carcasses d’automobiles. Les arbres tombés dans la cours d’eau nuisent à l’écoulement des eaux. La Ville reçoit également de nombreuses plaintes d’éboulis, des citoyens tentant d’agrandir leur propriété à même les berges de la rivière.

La situation se corse en 1939 lorsque les religieuses et les médecins de l’hôpital Saint-François-d’Assise, ouvert en 1914, se plaignent au maire de Québec, Lucien Borne. Les religieuses affirment dans une pétition qu’elles voient toujours venir avec appréhension la saison estivale, car la rivière Lairet devient alors un étang marécageux d’où s’exhalent des odeurs fétides. Ces odeurs incommodent fortement les malades et se font plus insistantes durant la nuit, au point de devoir fermer toutes les fenêtres. L’ingénieur en chef de la Ville Édouard Hamel répond aux religieuses qu’il sera très difficile de régler ce problème sans construire un égout collecteur. En effet, les eaux polluées de la Saint-Charles sont refoulées dans la rivière Lairet à marée haute jusqu’à la hauteur de l’hôpital Saint-François-d’Assise. Lorsque la marée redescend, les déchets et les excréments sont déposés sur les rives de la rivière Lairet. Comme le débit d’eau y est très bas, les déchets sèchent sur place. L’ingénieur prévoit que les plaintes vont devenir plus nombreuses avec l’augmentation de la population. Il affirme « que cette rivière coule présentement à travers un territoire qui se développe rapidement et son parcours est constitué de méandres compliqués sur plus d’un mille et demi ».

Principales sources pour cette chronique : Archives de la Ville de Québec et de l’hôpital Saint-François d’Assise. Dossiers de correspondance des maires Lucien Borne et Wilfrid Hamel. Le Courrier de Limoilou, L’Action Catholique et Le Soleil de l’époque.

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Articles à suivre

  • Enquête du département de la santé et projet de canalisation dans les années 1940
  • Le projet de canalisation de la Lairet
  • Les difficiles années 1950
  • La réalisation du projet de canalisation de la Lairet

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