Chroniques de la rue Flynn 3 – Paul Néron, la suite | 27 décembre 2020 | Article par Monlimoilou

Crédit photo: Jean Cazes

Chroniques de la rue Flynn 3 – Paul Néron, la suite

Nicole Hamel est née et a grandi à Saint-Charles-de-Limoilou. Elle a fait la majorité de ses études au Couvent de Limoilou. Après son mariage, elle a quitté ce quartier pour élever deux enfants en banlieue. Il y a quelques années, le cadet s’est installé, avec sa famille, à quelques rues de son lieu de naissance. Ce qui lui a fait revivre beaucoup de souvenirs qu’elle s’est amusée à écrire dans les Chroniques de la rue Flynn. En voici la troisième et dernière.

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Paul Néron était un homme croyant. Il allait, de façon discrète, communier tous les matins. Il n’assistait pas à toute la messe, mais il arrivait juste au moment de la communion. Chaque soir, un peu avant sept heures (19 h), il faisait entrer les jeunes pour la récitation du chapelet. Un jour, il les a amenés réciter le chapelet à l’archevêché. À la fin, ils ont embrassé la bague de Mgr Maurice Roy.

Mon frère Gilles était constamment chez lui et plus tard mon autre frère, Jacques, s’est greffé à ce fleuron de jeunes garçons. Mes frères aimaient l’ambiance de cette maison et ils se tenaient et jouaient avec les gars de Paul. Les Néron possédaient un chien colley et quand notre chien Roxy est parti, mon frère a développé un sentiment particulier pour « Colley Néron ». Il était devenu vieux et ne bougeait presque plus. Mon frère apportait des tartines de beurre au chien, qui les appréciaient grandement.

Un jour, monsieur Néron, voyant que les gars s’ennuyaient, il a formé une équipe de gouret de salon. Les garçons allaient jouer dans une ancienne petite église de Saint-Fidèle. N’ayant pas d’argent, mes frères et leurs copains allaient, discrètement, couper les manches de « moppes » mises à sécher sur les galeries. Ils obtenaient ainsi des bâtons pour jouer. Les femmes se demandaient c’était qui, le sans génie qui s’attaquait à leur vadrouille.

Pour éviter que les adolescents deviennent délinquants, Paul leur faisait transporter des chaudières d’œufs de 40 livres et des caisses de beurre pesant également 40 livres. Pour les remercier, il leur versait un peu d’argent et les garçons étaient comblés.

Monsieur Néron avait des revenus supérieurs à la moyenne. Il était généreux et son fils, Jacques, se souvient que son père avait demandé à leur médecin de famille de venir à la maison et d’apporter des vaccins pour tous les enfants de la rue, car il savait que certaines familles n’avaient pas les moyens de faire vacciner leurs enfants. Il appelait alors les parents et leur demandait d’envoyer chez lui leurs enfants, tel jour à telle heure, afin que le médecin les vaccine gratuitement.

Dans notre petite rue, tous les habitants se connaissaient, sans toutefois se visiter. Mais Paul Néron était reconnu pour être charitable. Il aimait aider les démunis. Très discrètement, il venait en aide à Lauberivière et à d’autres organismes de charité. Combien de fois Jacques, son fils, a vu des gens déménager gratuitement grâce aux camions de la compagnie.

Peu importe d’où nous sommes originaires, nos souvenirs d’enfants évoluent différemment selon la perception que nous désirons conserver. Pour ses enfants, Paul a été un exemple à suivre. Pour mes frères, un homme heureux et bienfaiteur. Pour moi, il est celui que je suis fière de citer, car il restera toujours au fond de mon cœur comme un être chaleureux et bienveillant.

Nicole Hamel, avec l’autorisation des enfants de Paul Néron

Lire les précédentes :

Chroniques de la rue Flynn 1 – Roxy
Chroniques de la rue Flynn 2 – Monsieur Paul Néron