Manque de services de santé de proximité dans Limoilou : lettre au ministre de la Santé et des Services sociaux

Dans la foulée de la fermeture annoncée du GMF Le Synase, le 23 décembre prochain, les conseils de quartier du Vieux-Limoilou, de Lairet et de Maizerets ont fait parvenir une lettre au ministre de la Santé et des Services sociaux, Christian Dubé, afin de faire connaître leurs inquiétudes et préoccupation quant à l'offre de services de santé de proximité dans le secteur Limoilou. Nous reproduisons ici cette lettre, dans son intégralité.

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Monsieur le Ministre de la Santé et des Services sociaux,

C’est avec regret que les conseils de quartier du Vieux-Limoilou, de Lairet et de Maizerets ont pris connaissance de la fermeture prochaine du Groupe de médecine familiale Le Synase, le 23 décembre – une fermeture qui s’inscrit dans une tendance lourde pour notre secteur, alors que les résidentes et résidents de nos quartiers ont été témoins de multiples fermetures du genre au fil des dernières années.

Cette nouvelle fermeture fait grimper le nombre de patients sans médecin de famille dans nos quartiers à 18 500, alors que la clinique Le Synase laissera orphelins quelque 5 500 patients et que, pour le secteur Limoilou, 13 000 personnes sont actuellement en attente d’un médecin de famille. Ce manque important est, d’ailleurs, fréquemment évoqué à l’occasion de chacune de ces fermetures : le nombre de médecins de familles actuellement en exercice dans le secteur est insuffisant pour servir sa population, et cette situation ne cesse de s’aggraver, exacerbée notamment par de multiples départs à la retraite.

On le sait : l’engagement de nouveau personnel par les dirigeants des cliniques de santé est limité par le nombre de médecins assignés à chaque région par les Plans régionaux d’effectifs médicaux (PREM).

Dans le cas particulier du GMF Le Synase, une demande avait été acheminée à votre ministère afin de déroger quant au nombre de médecins établi par les PREM et ainsi permettre l’assignation de six médecins. Ces nouvelles embauches auraient pu remplacer le personnel partant à la retraite, et compléter l’équipe afin de couvrir la clientèle en place, et contribuer à diminuer le nombre de «patients orphelins» à Limoilou. Cette demande a toutefois reçu une fin de non-recevoir de votre part, alors qu’il fut plutôt suggéré de déménager le Groupe de médecine familiale universitaire de Maizerets dans l’immeuble où loge actuellement le GMF Le Synase – un déménagement qui, par ailleurs, ne règlera en rien les problématiques ressenties dans le secteur, parce que les praticiens associés à ce groupe ont déjà leur clientèle – sans compter que, puisqu’ils doivent se concentrer sur leur mission d’enseignement, leur capacité à prendre de nouvelles clientèles reste limitée.

La conséquence de cette décision? C'est plus de 41 % de la population de Limoilou, incluant des aînés et des personnes vulnérables, qui se retrouvera sans médecins de famille à la veille de Noël.

Nos conseils de quartier se questionnent quant aux raisons qui expliquent cette décision, autant qu’aux conséquences associées au manque de services médicaux de proximité dans le secteur Limoilou qui, année après année, continuent de s’exacerber.

Pourtant, les enjeux de santé sont bien présents dans le secteur, et justifient à eux-seuls que des actions devraient être menées afin que le Ministère de la santé et des services sociaux, plutôt que de réduire l’accès aux soins dans Limoilou, travaille plutôt à l’augmenter! Par exemple, le rapport Les inégalités sociales de santé en Basse-Ville et Limoilou-Vanier réalisé par le CIUSSS de la Capitale-Nationale fait état que ces divers secteurs représentent 1,9 fois plus d’hospitalisations que l’ensemble de la population de la Capitale-Nationale. Qui plus est, ledit rapport indique que ces hospitalisations «auraient pu être évitées en partie par des soins de première ligne offerts en CLSC ou en clinique médicale». N’est-ce pas là raison suffisante d’agir?

Spécifions que, dans des quartiers comme les nôtres, une part non-négligeable de la population dépend, justement, de la proximité de ces services : vulnérables, à faible revenu, ceux-ci se déplacent principalement à pied ou en autobus. Ainsi, plus les cliniques sont éloignées du lieu d’habitation, plus celles-ci deviennent difficilement accessibles.

Les signataires de cette lettre vous demandent, monsieur le Ministre de la Santé et des Services sociaux, d’assurer un accès aux services médicaux et à des médecins de famille à nos citoyens.

Ces plans devraient se faire porteurs d’une nouvelle vision, plus représentative des réalités sur le terrain, à long terme. Par exemple, concernant les PREM, ceux-ci devraient, par exemple, prendre en considération le ratio réel de médecins / patients afin d’assurer le nombre d’effectifs nécessaires sur le terrain afin de pouvoir offrir des services de première ligne suffisants et de qualité – notamment afin d’agir en prévention et de diminuer le taux d’hospitalisation.

La vision pour notre système québécois de santé devrait être de « prévenir au lieu de guérir » et, ainsi, de s’assurer que les ressources nécessaires sont présentes sur le terrain, et de garantir à nos milieux de vie l’accès à des médecins de famille.

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