<em>Chroniques de jeunesse</em> : l’expérience de « gars de shop » du bédéiste Guy Delisle | 26 février 2021 | Article par Jean Cazes

Quand un auteur de BD revient sur son emploi d’étudiant à la White Birch… 20 février 2021.

Crédit photo: Jean Cazes

Chroniques de jeunesse : l’expérience de « gars de shop » du bédéiste Guy Delisle

En librairie depuis le 26 janvier, Chroniques de jeunesse pose le regard à la fois divertissant, instructif et très personnel de Guy Delisle sur la White Birch, l’emblématique usine limouloise où, étudiant, il avait besogné l’été comme ouvrier.

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Depuis qu’il a obtenu en 2012 le convoité Fauve d’or, prix du meilleur album au Festival d’Angoulême pour Chroniques de Jérusalem, Guy Delisle est reconnu à l’international au même titre que les auteurs québécois de romans graphiques Francis Desharnais et Michel Rabagliati.

Joint par téléphone en France où il habite depuis 1990, Guy Delisle nous souligne d’entrée de jeu qu’il s’identifie tout à fait à ce mouvement de la BD : la célèbre série de romans autobiographiques Persépolis, de Marjane Satrapi, l’a en particulier influencé dans sa démarche qui le mènera plus tard, entre autres, à la réalisation de son plus récent ouvrage.

Un projet qui mijotait depuis longtemps…

Natif de Charlesbourg, établi aujourd’hui à Montpellier, Guy Delisle ajoute donc Chroniques de jeunesse à son portfolio déjà garni d’une trentaine de BD :

« Avec Chroniques de jeunesse, résume l’éditeur Pow Pow, l’auteur revient sur son expérience de gars de shop, dressant un portrait drôle et touchant du milieu ouvrier et de ses années formatrices en tant qu’artiste. »

C’est en esquissant des lieux singuliers telle l’usine White Birch qu’est né Croquis de Québec.

On y retrouve un peu de sa chronique humoristique de vie de famille Le Guide du mauvais père puisque durant trois étés, alors étudiant, il a travaillé dans la même entreprise de pâtes et papiers que son père.

En 2013, Croquis de Québec avait retenu l’attention de notre collaborateur et spécialiste de BD Raymond Poirier au moment de sa parution. Profitant de l’invitation au Festival de la bande dessinée francophone de Québec en juillet 2012, Guy Delisle était revenu sur les traces de sa jeunesse bien après avoir quitté sa ville natale.

C’est en esquissant à ce moment des lieux singuliers telle l’usine White Birch qu’est né Croquis de Québec. Cette première redécouverte de son passé d’étudiant aura inspiré le bédéiste pour sa plus récente publication.

Une tranche de vie partagée par beaucoup de lecteurs

Que l’on soit fans de BD ou simplement nostalgiques d’une époque qui aurait marqué notre vie de jeune adulte, dès la lecture de sa première planche, il est difficile de résister à l’envie de parcourir « d’une traite » les 160 pages de Chroniques de jeunesse! Dans cette tranche de vie se reconnaîtront beaucoup de gens de la génération de Guy Delisle. Peut-être aussi y trouveront-ils des lieux communs où ils auraient déjà croisé le bédéiste!

Avec la simplicité de son coup de crayon d’une touchante efficacité, l’auteur souligne non seulement le décor industriel de l’usine, mais aussi le contexte sociologique « de son temps », puisant entre autres dans ses souvenirs « les conversations d’usine où je me sentais exclu », témoigne-t-il.

Guy Delisle l’a aussi récemment confié sur d’autres tribunes : sur un plan plus intime, l’absence de son père après la séparation de ses parents à l’âge de six ans se glisse dans la trame de son album. À l’usine, son père était dessinateur industriel. Justement, faut-il y voir l’héritage du talent de son fils?

« Je vois ça comme le fruit du hasard, son travail étant plutôt celui d’ingénieur. En fait, je pense plutôt retenir ça de ma mère et de mon grand-père, qui aimaient peindre. »

Il y a trois ans, lors de sa deuxième visite de la White Birch pour la documenter en photos et croquis (à voir en fin d’article), Guy Delisle a surtout été frappé par toutes les mesures de sécurité, les grilles de protection, « les casques pour tout le monde, alors que nous, les ouvriers, on n’en portait pas, même si j’ai vu tomber des morceaux de toit comme je l’ai illustrés! »

Enfin, le bédéiste exprime fort bien dans Chroniques de jeunesse sa fascination pour l’architecture de style art nouveau de ce qui était jadis l’ancienne Anglo Pulp datant de 1927. À l’image de bâtiments new-yorkais et de l’édifice Price du Vieux-Québec qu’il cite en exemple, Guy Delisle souhaite ainsi voir la fameuse tour centrale de l’usine mise en valeur si l’entreprise cesse un jour ses activités.

« Un amour indéniable pour Guy Delisle »

Publié il y a un mois, Chroniques de jeunesse est entre autres disponible à la Librairie Morency (au coût de 24,95 $).

Le dernier mot revient ici à Luc Bossé, éditeur et fondateur de Pow Pow :

« L’amour des lectrices et des lecteurs d’ici pour Guy Delisle est indéniable! Il faut dire que c’est vraiment réjouissant de voir Guy faire un livre sur Québec, comme il en a fait à propos de tant d’autres endroits… »

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