La Cité où l'on grandit entre « deux géants endormis » | 24 février 2021 | Article par Suzie Genest

« De mes yeux d’enfant, c’était un lieu magique qui recelait des milliers d’histoires fantastiques. Ses habitants étaient des héros insoupçonnés et ses tours, des géants endormis. »

Crédit photo: Image extraite du film La Cité des Autres

La Cité où l'on grandit entre « deux géants endormis »

Accessible depuis le 19 février sur Tou‧tv, le film La Cité des Autres, tourné aux Appartements St-Pie-X, sera diffusé à Radio-Canada ce samedi 27 février à 22 h 30. Dans ce documentaire coproduit par Parallaxes et les films du Rapide-Blanc, on découvre « le plus grand HLM de Québec » dans le regard du cinéaste Justice Rutikara et d'autres jeunes qui ont grandi sous l'oeil bienveillant de ses deux tours.

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« De mes yeux d’enfant, c’était un lieu magique qui recelait des milliers d’histoires fantastiques. Ses habitants étaient des héros insoupçonnés et ses tours, des géants endormis. Et dans tout ça, je me sentais en sécurité. Avec eux, je me sentais bien. Quand j’y retourne, c’est pour retrouver mes amis d’enfance, ces frères et soeurs qui rêvent d’un monde meilleur, dans la Cité des Autres », dit en amorce du film le réalisateur, qui a quitté Kigali, au Rwanda, alors qu’il était bébé.

Ces frères et ces sœurs, ils sont originaires du Congo, de la Colombie, de la Bosnie, du Népal… Ils ont connu la guerre, les camps de réfugiés. Ils s’attendaient à atterrir dans un Québec tout blanc; ils ont emménagé parmi des jeunes d’autres cultures qui partageaient leur vécu. Mwamini Ntabiyo, congolaise et burundaise, était stupéfaite la première fois qu’elle a vu un Népalais, se rappelle-t-elle. Elle s’est vite habituée : aux Appartements St-Pie-X, les enfants, jouant ensemble, font tomber les barrières et amènent les parents à se côtoyer.

L’espoir

Même ceux qui, comme Admir Lelic, sont « conscients un peu qu’on est dans un milieu défavorisé » et que « l’objectif de la plupart des gens ici, c’est éventuellement s’en sortir », ressentent un attachement pour cette cité qui les a vus grandir.

« L’identité du quartier est vraiment marquée par l’art et l’espoir, c’est un endroit qui regorge de talents de tous genres: artistiques sportifs, littéraires, basket, vraiment le sport de l’endroit. C’est un sport iconique à Saint-Pie-X, le basket. Beaucoup de joueurs se sont rendus relativement loin et nous ont inspirés […]. C’est un peu une micro-société, un peu à part du reste de la ville, il y une énergie différente, l’aura de l’endroit est différent », explique le jeune homme venu de la Bosnie-Herzégovine.

On quitte l'endroit avec un pincement au coeur. « Je reviens à St-Pie-X parce que les plus jeunes me redonnent une certaine énergie. C’est toujours la joie de vivre, être à St-Pie-X, c’est toujours drôle », exprime Kali D. Sebareme, d’origine congolaise. La lumière naturelle du soleil sur le bitume l'été et la neige l'hiver, le rythme du montage, la trame sonore, comme la poésie du réalisateur, rendent hommage à cet aura, cette énergie, dans La Cité des Autres.

On y entend Ash, rappeur et travailleur communautaire, impliqué dans le projet de chanson et de vidéoclip créés par des jeunes qui fréquentent l’organisme L’Évasion St-Pie-X, installé sur place. Un vide s’est créé durant les années où la ressource, qui offrait beaucoup d’activités, a dû prendre une pause, découvre-t-on dans le film. Des plus grands se sont investis dans des initiatives, comme coachs de basketball, par exemple, offrant aux plus jeunes des modèles, des activités où l'on apprend à faire les bons choix.

Auparavant appelés les Appartements Bardy, les Appartements St-Pie-X ont été stigmatisés, qualifiés de ghetto. Si certains jeunes résidents en doutent encore, pour d’autres, c’est « le contraire d’un ghetto » : on ne s’y retrouve pas entre membres d’une même communauté, mais dans un voisinage multiculturel. Le milieu dépeint dans le documentaire s’affranchit des étiquettes à la vie dure apposées de l’extérieur.

« Les gens se font un film par rapport à Saint-Pie X, plus que la réalité », résume un jeune coach de basketball. En 49 minutes, la réalité du documentaire La Cité des Autres, auquel ont participé les frères limoulois Seaborn à la caméra et au son, dépasse les étiquettes de fiction.

Le documentaire La Cité des Autres, réalisé par Justice Rutikara et coproduit par Parallaxes (Sonia Despars) et les films du Rapide-Blanc (Amélie Lambert-Bouchard et Sylvie Van Brabant), est accessible en ligne sur Tou.tv depuis le 19 février et sera diffusé à Radio-Canada ce samedi 27 février à 22 h 30.

Bande annonce de La Cité des Autres

La Cité des Autres - Bande Annonce from Rapide Blanc on Vimeo.