Jean Fina Services : 37 ans aux portes du Vieux-Limoilou | 28 octobre 2021 | Article par Jean Cazes

Yannick Vermette et Bernard Pouliot, copropriétaires du garage Jean Fina Services. 17 septembre 2021.

Crédit photo: Jean Cazes

Jean Fina Services : 37 ans aux portes du Vieux-Limoilou

Installé depuis 1984 au coin de la 1re Rue et de la 3e Avenue, le garage Jean Fina Services est un bel exemple de ces entreprises traditionnelles qui résistent à la transformation du quartier tout en s'adaptant à l'évolution du marché.

Publicité

Nous avons eu un sympathique échange sans fla-fla avec Bernard Pouliot et Yannick Vermette.  Pendant qu'ils besognaient, leur assurance témoignait de leur riche expérience. Les deux coassociés cumulent ensemble quelque 80 ans de services auprès de trois générations d'une fidèle clientèle locale. Signe des temps, au moins 80 % de celle-ci est féminine, estiment-ils.

Résumant la petite histoire de Jean Fina Services, ils ont glissé quelques mots sur leur choix de carrière. Ils ont souligné les défis que doivent surmonter les petits commerces pour assurer leur avenir.

La fusion de deux garages

Presque voisin de Jean Fina Services, l'ancien Petro-Canada vers 1992. Bernard Pouliot fait observer que l'essence était de 73 sous le litre à l'époque! Sur ce site a été construit en 2016 l’édifice à condos Le Citadin.
Crédit photo: Jean Fina Services

« L'histoire du garage remonte en fait à 1964, sur le boulevard des Capucins », raconte d'entrée de jeu Yannick Vermette. Son premier propriétaire, Jean-Luc Langlois, avait démarré son entreprise dans un bâtiment ayant abrité le club social de l'Anglo Pulp (l'actuelle White Birch). Mais la construction en 1969 de l'autoroute Dufferin est venue tout chambouler...

« Notre ancien boss a été exproprié. Mais il a réouvert tout près d'ici, au coin de la 3e Rue et de la 3e Avenue, en opérant plus tard sous la bannière de Petro-Canada. En 1974, comme son garage prenait de l'expansion, il a aussi acheté le garage actuel du 90, 1re Avenue qui appartenait alors à Shell. »

La station-service Shell (aujourd'hui Jean Fina Services) en 1964, au coin de la 1re Rue et de la 3e Avenue.
Crédit photo: Archives de la Ville de Québec

En mai 1975, Bernard Pouliot, le plus « ancien » des copropriétaires de Jean Fina, amorce sa carrière à l'ancienne station-service du coin de la 3e Rue. Vingt ans plus tard, il s'associera avec M. Vermette :

« On a acheté en 1995 le deuxième garage de Jean-Luc. Moi, je gérais ici l'atelier mécanique. Puis en juin 2005, à cause des coûts de gestion jugés trop élevés d'une station service appartenant à une pétrolière, le Petro-Canada a fermé. C'est à ce moment-là que Bernard est venu travailler avec moi. »

Douze employés assuraient les services offert par les deux garages. « De cinq, ici, on opère maintenant à deux. On est pris avec un manque de main-d'œuvre »...

Amour du métier, enjeu de la relève

Vers 1995, deux employés de Jean Fina Services, Denis Roberge et Jacques Saint-Pierre.
Crédit photo: Jean Fina Services

Questionné sur le nom de l'entreprise, Bernard Pouliot précise qu'en dépit de la disparition de la bannière Fina, vers 1985, ils pouvaient toujours l'utiliser.

« Dans ce temps-là, il y avait une trentaine de stations-services Fina au Québec. Elles ont disparu lors de leur achat par Petro-Canada pour en faire d'autres Petro-Canada. Le nom Jean Fina est resté, en référence à l'ancien propriétaire. On vit très bien avec ça! », ajoute, pince-sans-rire, le garagiste.

Sur leur choix de carrière, les deux coassociés ne regrettent rien. Yannick Vermette avait obtenu son diplôme de mécanicien à l'institut Aviron. Bernard Pouliot, pour sa part, a appris son métier à Lac-Etchemin. Ce dernier décrit avec enthousiasme son cheminement en des temps révolus où l'apprentissage du métier, dans ses souvenirs, paraissait bien plus simple. Il souligne au passage quelques obstacles que doit franchir la relève. Une relève aujourd'hui fort souhaitée dans un domaine « où l'on peut très bien gagner notre vie », souligne-t-il.

« J'ai commencé à 15 ans, et mon coffre d'outils coûtait alors 385 $. Aujourd’hui, ça serait 30 000 $! Imaginons le jeune sortant de l’école et qui doit investir autant juste pour ça, après un cours qui lui en aura coûté 20 000 $. Donc, beaucoup se revirent de bord pour aller, par exemple, dans la construction, avec les avantages de mois de vacances et d’un fonds de pension qu’on ne retrouve pas ici. Il faut donc avoir la flamme de la mécanique, comme moi je l’avais, étant élevé sur une terre et m'occupant de sa machinerie. En débutant comme garagiste, je gagnais 52 $ par semaine. J’avais un logement à payer, et j’ai passé au travers... »

Mais la relève, justement, constate M. Pouliot, est difficile. Son propre fils a fait le choix d'une autre carrière. Il observe en conséquence le déclin des garages, « en particulier en campagne », comme en témoignent des pompes à essence à l’abandon. D'autant plus que les nouvelles technologies représentent un défi supplémentaire. « On doit se mettre à jour. Ça prend donc de la formation en continu, comme on le fait ici sur ordinateur. »

Sur l'état du marché automobile, les concessionnaires « semblables à des hôtels de Las Vegas », caricature le mécanicien, « vendent par année 90 000 voitures au Québec ».

« Ces voitures-là ont besoin d’entretien et c’est pour ça qu’on est là! Même avec l'arrivée des voitures électriques, on aura toujours besoin de pneus, d’huile, de batteries… Et actuellement, il manque de garages. Si bien qu'il est difficile pour nous deux de fournir et qu'on doit parfois référer des clients à d’autres garages du coin. »

À 63 ans, Bernard Pouliot confie qu'il aimerait bien vendre. Qu'à cela ne tienne, conclut-il, « en attendant, on gagne notre vie, on a du fun. Quand moi je n'en aurai plus, j'arrêterai ».

En savoir plus sur...