La balance des inconvénients | 13 mai 2021 | Article par Martin Claveau

Intersection chemin de la Canardière, place Limouloise

Crédit photo: Jean Cazes

La balance des inconvénients

J’habite le Vieux-Limoilou depuis 1993, j’y ai fondé mon entreprise et j’y demeure toujours. J’ai vu la 3e Avenue évoluer au fil du temps. Elle l’a toutefois toujours fait à son rythme et à l’image de sa clientèle. Celle-ci est, pour une bonne part, résidente du secteur comme moi, mais aussi de l’extérieur et en transit. La 3e Avenue a toujours été une avenue innovante, et les expériences qui y ont été faites ont toujours été faites avec prudence en respectant l’essence du secteur.

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Plusieurs commerçants de notre artère ont évolué avec le quartier. Les cafés Sobab et l’entreprise Juneau et frères en sont des exemples vibrants. Ceux-ci constituent des commerces de destination qui attirent dans le quartier des gens de toute la région. La stabilité des commerces de notre artère depuis un quart de siècle constitue une de ses grandes forces. Toute menace qui risque de les affecter doit donc être adressée et soigneusement évaluée.

Le développement des activités festives qui caractérise également la 3e ont été le fait d’une
collaboration entre ses citoyens et ses commerçants. Avec le temps, des événements originaux et intéressants s’y sont imposés, si bien que notre avenue était, avant la pandémie, fermée jusqu’à 25 jours par année. Cette convivialité s’est imposée de manière organique et, si elle a été souvent encouragée par l’administration municipale, elle ne lui est pas redevable. À titre d’exemple, ce sont les gens de Limoilou eux-mêmes qui, à la longue, ont imposé la création de la place Limouloise aux autorités. Son emplacement n’est en aucun cas celui d’une place publique habituelle, mais il est bien réel et bien ancré dans la réalité des Limoulois.

Malgré les promesses, sans doute sincères, qui nous sont faites par les responsables de
l’implantation du réseau structurant, nous ne croyons pas que ceux-ci puissent prédire à quoi ressemblera notre artère après trois ans de travaux. D’autre part, nous ne voyons pas comment il serait possible de tenir des activités sur la portion basse de notre avenue après l’implantation du tramway, étant donné le passage constant de celui-ci.

À titre de commerçant et surtout de résident de Limoilou, j’ai choisi le secteur pour ce qu’il est présentement et non pas pour ce qu’il pourrait devenir dans les cinquante prochaines années. De nombreux marchands de la 3e Avenue, ainsi qu’une forte proportion des résidents du secteur, considèrent, jusqu’à preuve du contraire, que l’implantation du réseau structurant sur la 3e Avenue risque, à terme, de déstructurer cette dernière pour de nombreuses années.

Les derniers mois nous ont habitués à peser la balance des inconvénients dans l’évaluation des risques que nous prenons collectivement. Dans le cas présent, nous croyons que ceux-ci sont trop importants pour que l’on aille de l’avant avec l’implantation du tramway sur la 3e
Avenue.

Notre artère commerciale fonctionne bien et elle est dynamique présentement. Nous ne croyons pas qu’elle doive être placée aux soins intensifs, sans justification valable.

Le carrefour du chemin de la Canardière et de la 3e Avenue représente le cœur du quartier et celui-ci bat vigoureusement. Il nous apparait hasardeux et non nécessaire de lui faire subir une opération risquée dont il n’a aucunement besoin.

Martin Claveau
Président de la SDC 3e Avenue Limoilou et éditeur du Journal le Carrefour

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