Michaël Gosselin, apôtre des déplacement actifs | 27 juillet 2021 | Article par Martin Claveau

Crédit photo: Martin Claveau

Michaël Gosselin, apôtre des déplacement actifs

Bien connu dans les milieux cyclistes de la ville, Michaël Gosselin s’implique dans la communauté depuis plusieurs années. Cet amoureux de Limoilou milite pour des déplacements actifs et prêche lui-même par l’exemple, en ayant un mode de vie qui respecte les principes du développement durable.

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Au moment de notre entretien, en mai, il concluait un après-midi de bénévolat à l’atelier VéloCentrix, sur la rue des Sables.

D’où viens-tu?

Je suis natif de la rive sud de Québec et j’ai grandi à Saint-Agapit, loin de la ville et du « tout à l’auto » qui la caractérise. Depuis, ma famille est déménagée à Laurier-Station, et je me suis installé à Limoilou.

Mon père est originaire du quartier Rosemont à Montréal. C’est en visitant la famille, durant ma jeunesse, que j’ai découvert l’univers des ruelles des duplex et des triplex.

Ma grand-mère aimait profondément son quartier. Elle était toujours sur son balcon et parlait à tout le monde.

Ça m’a marqué car les gens se connaissaient. Cette riche vie de quartier me plaisait beaucoup.

Pourquoi as-tu choisi de t’établir à Limoilou?

En fait, c’est en fréquentant le Cégep Limoilou que j’ai en quelque sorte retrouvé le Rosemont de mon enfance.

J’étudiais en design 3D et industriel au départ, mais j’ai changé d’orientation ensuite pour éventuellement devenir mécanicien de vélo. Je trouvais que la qualité de vie à Limoilou était meilleure qu’à Sainte-Foy par exemple.

J’ai donc choisi mon milieu de vie avant ma carrière et je ne le regrette pas.

Depuis quelques années, je suis moi-même propriétaire d’un duplex, alors je suis bien implanté dans le quartier et je n’ai pas l’intention d’en bouger de sitôt.

Parle nous de tes implications comme citoyen. Tu fais quoi concrètement?

Je suis un ardent partisan des déplacements actifs. Je veux encourager les gens à se mouvoir en limitant leur empreinte écologique, alors toute mon implication tourne autour de ce concept. Je suis impliqué au conseil de quartier du Vieux-Limoilou, où je défends toujours la place du vélo dans l’espace urbain. Je siège à la table concertation vélo de la région de Québec.

Je coanime l’émission À nous la terre sur les ondes de CKIA FM 88,3, où nous traitons des changements climatiques. Je suis aussi le président du conseil d’administration de Vélocentrix, un atelier indépendant de réparation de vélo qui aide les gens à être autonomes en la matière. Pour terminer, je suis aussi photographe pour le journal La Quête, alors, je suis pas mal occupé.

Avec toutes tes implications, tu trouves du temps pour travailler?

Oui bien sûr! Je suis présentement mécanicien chez Vélo Basse-Ville, dans le quartier Saint-Sauveur, et j’aime ce que je fais. En réparant les vélos des gens, je respecte mon engagement environnemental alors c’est parfait pour moi.

Il n’y a que du bon pour toi dans le vélo?

Non, pas nécessairement, je déplore certaines choses.

Par exemple, il n’existe pas vraiment de code de conduite obligatoire à respecter pour les gens qui se déplacent en vélo. Nous sommes de plus en plus nombreux, et je trouve que plusieurs manquent parfois de savoir vivre. Je trouve que ça nous manque collectivement, d’avoir une formation commune.

C’est une chose que j’envie un peu aux conducteurs de voiture. Ils doivent avoir un permis de conduire et respecter des règles, alors qu’en vélo, c’est souvent un peu plus flou. De plus, je trouve que nos infrastructures ne sont pas optimales.

Les piétons ont les trottoirs, les autos ont les routes, mais les vélos ont souvent les restants des deux autres.

Je déplore aussi que nous ne représentions pas une priorité pour la ville.

Tu n’as pas l’impression de prêcher dans le désert parfois?

Non, la mobilité active progresse et la transition écologique aussi, mais je reconnais que ça ne va pas assez vite à mon goût. Il faut encore convaincre les élus de s’attarder à ces enjeux-là. Pour l’instant le vélo n’occupe pas assez d’espace en tout cas, ça c’est certain.

D’où te vient cet amour du vélo?

Quand j’étais plus jeune, à Saint-Agapit, tous mes amis avaient des voitures. Ils devaient souvent travailler comme des esclaves pour se les payer. Moi, je n’en avais pas et ça me procurait une grande liberté par rapport à eux.

Je me déplaçais avec mon vélo et je profitais de la vie, alors que mes amis devaient tous travailler pour faire vivre leur voiture. De mon côté, je travaillais deux semaines par année à l’exposition agricole.

Depuis cette époque, j’ai adopté un mode de vie qui n’est pas axé sur la consommation.

En occupant un simple travail de plongeur au Café du monde pendant quelques années, j’ai réussi à mettre des sous de côté pour acheter un duplex dans Limoilou.

J’ai aussi été guide en vélo et j'ai travaillé au Cyclo-Service dans le Vieux-Port. Le vélo a toujours été omniprésent dans ma vie.

Qu’est-ce que tu aimes dans le quartier Limoilou?

Ça peut paraitre drôle, mais j’aime beaucoup le fait que c’est un quartier quadrillé. La plupart des habitations ont des portes qui donnent sur la rue. J’aime le concept urbain où l’on connait ses voisins. On vit avec les gens et ça me parle.

Est ce qu’il y a des choses que tu n’aimes pas dans ton quartier?

Je n’aime pas le passé industriel qui y est omniprésent. La présence de la papetière, du port et de l’incinérateur à proximité me tanne. Je trouve dommage de voir que la Ville de Québec renforce cette fonction, souvent au détriment de la qualité de vie des habitants. Je déplore aussi qu’il y a de moins en moins de gens, comme moi, qui pourront devenir propriétaires, à l’avenir, avec la gentrification du quartier. Ça devient de plus difficile avec l’augmentation de la valeur des bâtiments.

C’est quoi la plus belle rue de Limoilou selon toi?

Je dirais que c’est la 2e Avenue, avec ses grands arbres matures. Mais j’aime bien aussi la 6e Rue, car elle compte aussi beaucoup de végétation et que ça me semble une rue paisible.

Michaël Gosselin
Michaël Gosselin répare des vélos chez VéloCentrix
Crédit photo: Martin Claveau

Tu admires qui dans la vie?

Je n’ai pas vraiment de modèle, j’essaye juste de laisser la moins grosse empreinte écologique possible.

J’aime bien un type comme Paul Brodie, le soudeur fondateur des vélos de la même marque, qui fut un des premiers à concevoir ses propres cadres de vélo dans l’ouest.

J’apprécie aussi l’ingénieur français Jean-Marc Jancovici, qui représente une autorité en matière de gaz à effet de serre. Il publie des capsules sur le sujet qui sont diffusées sur YouTube et je m’intéresse à ce qu’il fait.

À part tes engagements communautaires actuels, aimerais-tu éventuellement faire de la politique pour faire avancer ta cause?

Non je n’en ai pas l’intention. La politique municipale est proche des gens et c’est le niveau qui m’intéresse le plus.

Ceci dit, pour moi, le vélo, c’est politique, car c’est un moyen de rendre le monde meilleur.

J’adore ce que je fais en étant mécanicien à vélo. Je trouve que ça me donne plus de liberté que si je devenais conseiller municipal ou encore député.

J’ai déjà invité le chef de l’opposition, Jean-François Gosselin, à faire du vélo avec moi en hiver, et il avait accepté.

C’est drôle, mais je crois avoir plus de pouvoir en faisant ce que je fais pour faire changer les choses.

Je n’ai pas à craindre de me faire reprocher mes positions trop radicales. Je ne suis pas un architecte ou un ingénieur et je n’ai pas d’obligations envers mon ordre professionnel par exemple.

Je n’ai pas non plus de devoir respecter une ligne de parti dans ce que je fais.

Je suis juste un mécanicien de vélo qui s’implique. Je crois que ça me donne un plus grand pouvoir d’influencer les choses comme ça.