Un portrait inachevé de Laurent

Ça aurait été le portrait d’un être au grand cœur bourré d'intelligences et de talents – avec un s : Laurent Capéraà. Une vie marquée, de l'adolescence à la paternité tardive, par une bataille singulière empreinte de courage et de ténacité.

Ça aurait été le portrait d’un être au grand cœur bourré d’intelligences et de talents – avec un s : Laurent Capéraà. Une vie marquée, de l’adolescence à la paternité tardive, par une bataille singulière empreinte de courage et de ténacité.

Ingénieur mécanique de formation, Laurent Capéraà avait pris un virage informatique et numérique. C’est dans cette sphère que j’ai fait sa connaissance, lors du premier Museomix à Québec, en 2013. Parmi l’équipée multi de cette aventure d’expérimentation muséo-numérique, il allait de soi qu’on l’ait recruté.

Laurent avait plusieurs cordes à son arc, plusieurs câbles à son serveur. Une vaste clientèle s’arrachait ses services, du pigiste à la grande organisation, en passant par le centre d’artistes et l’hebdo local. Spécialiste des Mac, on l’avait reconnu comme LA référence en la matière à Québec. C’était aussi un passionné d’imagerie numérique, de simulations visuelles et de modélisation 3D.

En parallèle d’un agenda hyper rempli à dompter les machines et leur système, Laurent menait une lutte acharnée contre une bête endocrinienne complexe qui compromettait son propre système. Il avait fallu du temps avant que soit identifiée cette bête, qui affectait son pancréas et lui faisait visiter l’hôpital plus souvent qu’à son tour. Difficile de concilier cette bête avec un emploi; pas plus facile dans un contexte de travail à son compte. Du stress financier par-dessus le stress de santé.

L’un des nombreux talents de Laurent était celui de raconter. Sur Facebook, il rédigeait des chroniques humoristiques sur ses hospitalisations, examens et traitements particuliers. Comme celui au Lutécium qui l’avait rendu radioactif, mais surtout qui avait failli l’entraîner dans un coma glycémique.

Au début 2020, je l’avais contacté pour en faire un portrait sur Monlimoilou. Cet ancien résident du quartier Saint-Roch, malgré la difficulté à vendre son condo et les autres embûches, avait réussi à s’installer à une porte de la mère de ses magnifiques jumelles. Celles-ci étaient arrivées dans leur vie comme bien d’autres surprises dans celle de Laurent.

Heureux de son domicile, il était aussi anxieux lors de notre échange. Qui ne l’aurait pas été à sa place? Après les pierres, les tumeurs; après le pancréas, le foie… Il m’avait écrit à la suite de l’entrevue.

— Merci encore. Tu as été patiente… je parle sans cesse. 🙂
— C’est bien, les gens qui parlent : j’ai même pas besoin de poser de questions! 😉

L’écriture de son portrait devait attendre un peu, la publication aussi. Je devais lui revenir au sujet d’un choix de photo pour l’illustrer. Ses textes, m’avait-t-il dit, pourraient former un livre intitulé « Maladies, chroniques ».

Et puis la pandémie est arrivée

Ni mon portrait de Laurent Capéraà ni son livre n’ont pris forme. Je me suis mise à pied en attendant de voir le sort réservé à un petit média hyperlocal dans ce contexte. Lui s’est vu confiné hors des bureaux de ses clients. Comme beaucoup de gens, nous avons porté notre attention ailleurs… Une étagère « de sous-sol » que j’ai mise en vente sur les réseaux sociaux a attiré son attention. Il m’avait déjà sauvée d’un pépin de réseau en refusant de me facturer, je n’aurais qu’à lui payer une bière… Ça n’avait jamais « adonné ». Maintenant, j’avais une occasion en forme d’étagère!

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Lui sur le trottoir, moi dans mon entrée, nous avons discuté un moment quand il est venu la chercher au printemps 2020. La situation sanitaire qui l’empêchait de travailler ne semblait pas trop l’angoisser. Il en avait vu d’autres… Il profitait du temps d’arrêt, disait-il, il bricolait et rangeait, passait du bon temps avec ses filles. Et puis il y avait la sculpture.

J’avais toujours l’intention de faire ce portrait, quand les choses reprendraient un cours plus normal. Mes notes étaient en ordre et bien révisées, j’avais l’enregistrement…

Je n’avais jamais perdu des notes ou un enregistrement d’entrevue. Il fallait, semble-t-il, que ça arrive avec Laurent.

Je ne suis plus capable de nommer cette bête qui l’a suivi toute sa vie. Je ne peux pas retracer tout le parcours du combattant qui lui a permis, finalement, de l’identifier. Ni tout ce qui a été tenté pour la dompter. J’ai perdu les détails de ce duel peu commun qui s’est transformé en guerre à plusieurs contre un. Mais j’ai toujours la mémoire d’un être rare et d’une lutte peu commune. Elle tire maintenant à sa fin, ai-je appris il y a deux jours.

Les proches de Laurent disent qu’il peut encore lire les petits messages qui lui sont écrits. Je ne crois pas qu’il pourrait lire ceci. Mais peut-être que des personnes dont il a sauvé le travail ou la vie le reconnaîtront en le lisant, ou iront voir ses « chroniques » inédites.

Pour illustrer ce texte, j’ai emprunté sur Facebook le dessin partagé par un de ses proches. Dans sa publication, il encourage les personnes qui ont connu Laurent Capéraà à lui écrire un mot.

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