Le chœur en folie

Auteur de D’Irlande, de Limoilou et d’ailleurs, Denys Hawey partage pour nos lecteurs et lectrices ses souvenirs de jeunesse. Aujourd'hui, il évoque d'inoffensifs et bien pardonnables « mauvais coups » d'enfance commis lors de son engagement dans le choeur de sa paroisse.

Le chœur en folie | 19 juin 2022 | Article par Monlimoilou

Jubilé de S.G. Mgr Duhamel.  archevêque. Enfants de chœur de la Cathédrale Notre-Dame d’Ottawa, en 1899.

Crédit photo: BAnQ

Auteur de D’Irlande, de Limoilou et d’ailleurs, Denys Hawey partage pour nos lecteurs et lectrices ses souvenirs de jeunesse. Aujourd’hui, il évoque d’inoffensifs et bien pardonnables « mauvais coups » d’enfance commis lors de son engagement dans le choeur de sa paroisse.

Comme dans la plupart des paroisses catholiques de Limoilou, il y avait dans la mienne, Sainte-Odile, des jeunes qui formaient le chœur et qui assistaient, chaque dimanche, à la grand-messe, la plus solennelle et la plus longue de la journée.

À Sainte-Odile, les membres du chœur portaient tous une aube blanche à capuchon, un peu comme celle que portaient les Pères Blancs. Un ceinturon serrait le vêtement à la hanche. Un peu comme au judo, la couleur du ceinturon variait selon la fonction du jeune dans le chœur, ou selon le type de cérémonie pratiquée.

Claquer le clapet au mauvais moment

Le chœur s’installait dans la nef, derrière le célébrant qui, lui, faisait face à l’assistance. Un jeune, parmi les plus anciens du groupe, se voyait confier la responsabilité de claquer un clapet de bois pour aviser l’assistance qu’il était temps de changer de position : un coup de clapet signifiait « debout »; deux coups, « assis » et trois coups, « à genoux ».

Or, un certain dimanche, pour une raison que nous, les autres membres du chœur, ne connaissions pas, Jules, le responsable du clapet, avait décidé qu’il en avait assez d’être dans le chœur. Il avait trouvé une façon très originale de s’en faire exclure.

Pendant la grand-messe, Jules s’était mis à claquer le clapet au mauvais moment, commandant à l’assistance ici de se lever sans raison, puis là de s’agenouiller, et ainsi de suite, à plusieurs occasions pendant la cérémonie.

Nous, dans le chœur, avions rapidement compris, au minois haïssable que Jules arborait, que notre collègue se bidonnait allègrement. Nous avions rapidement embarqué dans l’arnaque. Nous étions tous tordus de rire à voir la chorégraphie chaotique effectuée par l’assistance devant nous.

Le jeune adulte responsable du chœur était quant à lui occupé à servir la messe et, au début, il n’avait pas osé interrompre la cérémonie pour tenter d’arrêter Jules, ou de lui enlever son clapet. Finalement, c’est Jules qui avait quitté le chœur par lui-même, satisfait de sa folle performance.

« Nous étouffions en traversant le nuage de boucane… »

Pendant les services funèbres, il m’arrivait souvent d’officier comme thuriféraire (le « maître » de la boucane responsable d’alimenter l’encensoir). Or le vicaire Jobin insistait pour que l’encensoir crache sa grosse boucane blanche, particulièrement à la sortie du corps, à la porte de l’église. Je m’efforçais donc de le satisfaire avec l’encens. En fait, il m’arrivait d’en mettre beaucoup trop afin de tester les limites du vicaire. Jamais il ne m’avait sermonné pour avoir suralimenter le feu.

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Encensoir. François Sasseville, 1848.
Crédit photo: © Musée national des beaux-arts du Québec

Dans ces occasions, alors que les personnes endeuillées, évidemment émues aux larmes, entouraient le cercueil et que le vicaire – suivi par le thuriféraire, le cérémoniaire et les deux porteurs de chandeliers – faisait le tour du cercueil en balançant énergiquement l’encensoir, nous étouffions littéralement en traversant le nuage de boucane.

C’était plus fort que tout : aussitôt que nous nous regardions entre nous, le fou rire devenait contagieux. Nous nous esclaffions, nous toussions et les larmes coulaient sur nos visages, ce qui confondait, heureusement, notre fou rire avec les pleurs des personnes endeuillées.

Quand je rencontre des amis d’enfance qui ont fait partie avec moi du chœur et des servants de messe, nous n’avons de cesse de raconter nos anecdotes et les fous rires qui nous prenaient pendant les cérémonies religieuses.

Legs pour ses deux enfants et leurs propres enfants, D’Irlande, de Limoilou et d’ailleurs a fait l’objet d’un article sur Monlimoilou. L’histoire de famille et la vie de jeunesse de Denys Hawey, qu’il raconte en 426 pages enrichies de photos, est disponible exclusivement à la Librairie Morency.

Voir le souvenir précédent :

Les commerces que fréquentait mon père

Aussi, d’André Lévesque :

Souvenirs d’un Enfant de choeur

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