OBNL d’habitation : défis de recrutement et RPA à risque

Le printemps 2022 est chargé de défis pour bien des OBNL d’habitation. Ils doivent assurer la relève au sein de leurs conseils d’administration et la rétention de leur personnel, à quelques jours de la fin des aides gouvernementales d’urgence, explique André Castonguay, directeur général de la Fédération régionale des OBNL d’habitation de Québec et Chaudière-Appalaches.

OBNL d’habitation : défis de recrutement et RPA à risque | 1 avril 2022 | Article par Suzie Genest

Crédit photo: Photo de Matthias Zomer provenant de Pexels

Le printemps 2022 est chargé de défis pour bien des OBNL d’habitation. Ils doivent assurer la relève au sein de leurs conseils d’administration et la rétention de leur personnel, à quelques jours de la fin des aides gouvernementales d’urgence, explique André Castonguay, directeur général de la Fédération régionale des OBNL d’habitation de Québec et Chaudière-Appalaches.

La Fédération régionale des OBNL d’habitation de Québec et Chaudière-Appalaches (FROHQC), dont les bureaux se trouvent dans Limoilou, aide ses membres du centre-ville et de tout son territoire à diffuser des appels pour combler les postes au sein de leurs conseils d’administration (CA). C’est un défi pour ces organismes à but non lucratif (OBNL) – ou sans but lucratif (OSBL) – qui s’aggrave quand on s’éloigne des centres urbains.

« Dans un grand centre comme Québec, c’est un peu moins difficile. Si on regarde en région, c’est plus compliqué, surtout dans les petites municipalités où il y a des RPA (Résidences privées pour aînés). Le bassin de population est beaucoup moins grand », précise André Castonguay.

Pour ces petites municipalités moins populeuses, l’âge moyen des résidentes et résidents s’ajoute au défi. Dans les OBNL d’habitation développés avec l’appui du programme Accès Logis, en principe un tiers du CA est composé de locataires du lieu. Or « la moyenne d’âge dans les RPA est de 80-85 ans », illustre M. Castonguay. Il faut alors compter sur davantage d’administrateurs et administratrices de la communauté.

De façon générale, il est difficile de recruter des administrateurs de moins de 50 ans, constate le directeur de la FROHQC. Les mères et pères de famille, « pressurisés par le travail, les enfants, l’école, les sports », peinent à trouver temps et énergie pour l’implication dans la communauté.

Des responsabilités alourdies

Selon André Castonguay, depuis quelques années dans les OBNL d’habitation qui sont des RPA, la charge des responsabilités du conseil d’administration, entièrement bénévole, s’est accrue.

« La charge des responsabilités est assez lourde. Elle s’est alourdie avec les années, avec la règlementation. Si on regarde au niveau des RPA, les certifications… Les organismes sont suivis dune façon assez incroyable par les directions qualité des CISSS et des CIUSSS. Ça devient un peu plus compliqué de trouver du monde qui veut s’investir et être administrateur. »

Les normes et processus du ministère de la Santé et des Services sociaux liés à ces certifications sont devenus « très lourds à supporter pour des administrations de petites RPA » en particulier, poursuit M. Castonguay. Par « petites », il entend des OBNL d’habitation de 50 logements et moins. Ceux-ci n’ont pas les ressources financières pour dédier une personne à ce volet spécifique de la gestion d’une RPA. La direction doit l’assumer parmi ses autres fonctions, souvent avec du renfort des bénévoles du CA.

« Mais là, on parle de travailler… Le bénévolat, c’est volontaire, c’est faire quelque chose qui nous plait. Quand ça devient trop lourd, trop administratif, ce n’est pas la job des bénévoles de faire ça. Mais ils n’ont pas le choix », dit le directeur général de la FROHQC.

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Main-d’œuvre et « corde raide »

Le manque de main-d’œuvre peut également exercer une pression sur le CA des OBNL d’habitation. « Les administrateurs, parfois, vont prendre la place de ressources qui ne sont pas disponibles », résume M. Castonguay.

« Je reviens aux RPA et à ce qu’on appelle dans notre jargon des Volet 3, des organismes avec des missions particulières, des clientèles avec des besoins particuliers… Si on regarde les préposé.e.s aux bénéficiaires, c’est difficile. Pendant la pandémie, il y a eu des ajustements, le gouvernement a quand même apporté des aides aux RPA pour bonifier les salaires des préposé.e.s aux bénéficiaires. Cette aide-là se termine d’ici le 17 avril et il ne devrait plus y avoir d’aide pour ça. »

Beaucoup de préposé.e.s aux bénéficiaires quittent les milieux communautaires pour aller vers le secteur des CISSS, des CIUSSS, des hôpitaux, poursuit André Castonguay. « Tout ce qui est OBNL d’habitation, on n’a pas les moyens d’être compétitifs avec les milieux institutionnels. »

« On pense vraiment que d’ici quelques semaines, on va avoir de gros problèmes. On se prépare à ça. Est-ce que ça va mettre en danger des RPA? On est en train de compiler les données. On a vraiment l’impression qu’on va avoir toute une claque. […] Je visite des RPA de nos membres, ils sont sur la corde raide. […] Il faut qu’on agisse très rapidement dans ce dossier-là. Sinon, on pourrait perdre des joueurs. »

Au fait, qu’arrive-t-il à ces ainé.e.s locataires lorsqu’une RPA ferme ses portes? « Dans un organisme certifié, le CISSS ou le CIUSSS va évaluer la clientèle. Après ça elle va être dispersée dans les ressources autour. Mais c’est clair, si on regarde en région surtout, que ces personnes-là vont être relocalisées ailleurs que dans leur milieu. C’est vraiment dramatique pour ces personnes-là » qui se retrouvent éloignées de leurs proches, répond M. Castonguay.

André Castonguay, entouré de Marie-Josée Boutin (Résidence Le Tremplin) et Chantal Desfossés (directrice générale, RQOH)
André Castonguay, entouré de Marie-Josée Boutin (Résidence Le Tremplin) et Chantal Desfossés (directrice générale, Réseau québécois des OSBL d’habitation)
Crédit photo: FROHQC-Info, septembre 2020

Développement des OBNL d’habitation : « loin de la coupe aux lèvres »

L’aide financière d’urgence qui se termine à la fin avril couvrait aussi des dépenses engendrées par les mesures sanitaires et les fournitures qu’elles exigent dans les OBNL d’habitation, précise André Castonguay.

Ces coûts supplémentaires à assumer, pour le milieu, s’ajoutent à ceux, croissants, du développement. Ces derniers étaient déjà une réalité bien avant la pandémie. Pour combler les besoins en logement social dans la population, « on est loin, de la coupe aux lèvres », note-t-il.

« Pour l’ensemble des développeurs de logement social et communautaire, les coûts sont exorbitants. Les montants alloués pour le développement n’ont pas suivi la même courbe. Ça devient compliqué de développer et de viabiliser. En espérant qu’il y ait une baisse… Ça devait être le cas, c’est revenu [plus haut]. On sait pourquoi : il y a des enjeux mondiaux sur la table. On va espérer que ça ne reste pas comme ça trop longtemps. »

Maintenir les loyers les plus bas possible, pour répondre aux besoins des personnes à faible revenu, alors que les coûts de développement augmentent sans que les moyens suivent, est un autre défi de l’heure des OBNL d’habitation.

Un cadeau à notre société

Comme dans d’autres milieux communautaires, les fédérations d’OBNL d’habitation offrent des formations pour leurs membres et les bénévoles de leur CA. Les personnes qui seraient intéressées à s’impliquer mais n’ont jamais siégé à un CA peuvent ainsi s’initier au rôle et aux responsabilités des administrateurs. Selon André Castonguay : « tout le monde est capable, essayez-le, vous allez voir! » L’idée, dit-il, c’est de la faire pour sa communauté mais aussi pour soi.

N’aurions-nous pas intérêt, pour soi comme pour la communauté, à être davantage informé.e.s et formé.e.s sur l’engagement communautaire et citoyen? Ne manque-t-on pas d’éducation civique, en tant que société? André Castonguay constate une faille dans l’éducation de base.

« C’est un point super intéressant. Au niveau universitaire, il y a des facultés qui encouragent les étudiants à faire partie de CA. Mais ça ne vient pas naturellement… Ça devrait venir naturellement, en commençant plus jeune. »

Le manque de main-d’oeuvre dans différents milieux de travail, également, crée de la pression et une surcharge pour le personnel en place. Cela a des répercussions sur les implications personnelles, entre autres.

« Les gens sont hyper pressés… Mettons une infirmière qui voudrait s’impliquer dans un CA. Elle travaille dans un hôpital et elle fait du temps supplémentaire obligatoire, elle ne sait jamais quand. Ça devient compliqué de s’impliquer dans quelque chose. De toute façon, tu finis par ne plus avoir de temps.

On est comme dans un cercle vicieux, Ça ne veut pas dire qu’on ne peut pas régler la situation. Mais il faut avoir une sensibilisation, vraiment, à mon avis. La sensibilisation verticale, à partir de la petite école, il me semble que ce serait un beau cadeau à faire à notre société. »

Au fait, à quoi reconnaît-on un OBNL d’habitation?

Qu’est-ce qui le distingue d’une coopérative, d’un HLM? Y a-t-il des exemples dans nos quartiers? Véronique Laflamme, organisatrice et porte-parole du Front d’action populaire en réaménagement urbain (FRAPRU), explique.

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