Les plumes fontaines, les compas et les chemises empesées de grand-papa | 31 juillet 2022 | Article par Monlimoilou

Les grands-parents Berta et Jean-Maurice Hawey. Photo tirée de l'ouvrage D’Irlande, de Limoilou et d’ailleurs.

Crédit photo: Denys Hawey

Les plumes fontaines, les compas et les chemises empesées de grand-papa

Auteur de D’Irlande, de Limoilou et d’ailleurs, Denys Hawey partage pour nos lecteurs et lectrices ses souvenirs de jeunesse. Il souligne aujourd'hui un autre chapitre de sa relation riche en anecdotes avec ses grands-parents paternels et particulièrement son grand-papa.

Quand mon jumeau Richard et moi avons commencé le cours classique – nous avions treize ans en 1967 – mon grand-père Hawey avait jugé que nous avions atteint l’âge et la maturité pour apprécier des objets d’une certaine valeur.

Un hobby

Grand-papa Jean-Maurice faisait dans l’import-export, mais comme un hobby, en très petites quantités : des plumes fontaines, des compas en métal noble, des montres et des couteaux suisses, des boutons de manchettes avec épingles à cravates assorties.

Je crois qu’il commerçait surtout avec un monsieur belge qu’il avait rencontré, je ne sais trop comment. Probablement dans le cadre de visites de dignitaires étrangers qui passaient à l’hôtel de ville de Québec pour rencontrer le maire. Grand-papa avait été secrétaire du maire (on dirait aujourd’hui chef de cabinet) sous les administrations Grégoire, Borne, Hamel et Lamontagne.

Mon grand-père avait fait ses études classiques au Petit Séminaire de Québec. J’imagine qu’il était fier que deux de ses petits-fils, les jumeaux de son fils aîné Jean-Pierre, atteignent ce qui, à l’époque, était considéré comme un niveau privilégié d’accès à la connaissance.

Alors, dès ce moment, à chacune de nos visites à l’appartement de nos grand-parents sur la 3e Avenue, mon père – que j’ai toujours appelé par son prénom, Pierre – nous avisait tour à tour, mon jumeau Richard et moi, que nous étions appelés pour aller rencontrer grand-papa dans son bureau.

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Comme si je recevais un trésor...

Lors de nos premières visites dans le repaire de grand-papa, nous étions vraiment intimidés, je dirais même apeurés. Nous ne le connaissions pas vraiment. Grand-papa nous apparaissait comme une personne souriante et sympathique, bien sûr, mais il ne nous adressait que rarement la parole. Grand-maman Berta, avec sa bonhommie et ses rires extravagants compensait largement, et elle réussissait à nous rendre confortables chez elle.

Nous entrions donc avec circonspection dans cette enceinte mystérieuse qu’était le bureau de grand-papa. Il était assis devant son bureau. La pièce était sombre, n'ayant qu'une seule lumière orientée sur le buvard, au centre du meuble. La lueur de la lampe éclairait sa chemise blanche et bien empesée. Mes yeux s’accrochaient toujours au large élastique qu’il portait sur chacun de ses hauts de bras.

Alors, grand-papa tentait de m’amadouer. Il m’interrogeait d’une voix douce sur ce que je faisais à l’externat Saint-Jean-Eudes.

« Et puis, as-tu commencé à apprendre le latin? Comment trouves-tu cela? »

Je lui déclinais quelques mots que j’avais appris et il riait à m’écouter. « C’est bien! », me disait-il. Puis il me remettait un de ses objets qu’il trafiquait en m’expliquant ce que c’était et comment l’utiliser.

Chaque fois, j’avais l’impression de recevoir un trésor. Je ne savais pas si je devais accepter. Ça me semblait si gros! Je me demandais si mes parents me laisseraient partir avec ce cadeau
précieux. Je sortais alors du bureau avec les yeux qui débordaient de leur orbite. Je portais un trésor!

Je n’ai malheureusement pas conservé tous ces beaux objets. Sinon qu’un magnifique compas qui n’a pas été utilisé depuis plus d’un demi-siècle.

Legs pour ses deux enfants et leurs propres enfants, D’Irlande, de Limoilou et d’ailleurs a fait l’objet d’un article sur Monlimoilou. L'histoire de famille et la vie de jeunesse de Denys Hawey, qu'il raconte en 426 pages enrichies de photos, est disponible exclusivement à la Librairie Morency.

Ce texte fera partie d’un recueil de nouvelles à paraître en formats papier et numérique sous le titre Mes entrailles bénies – Anecdotes de jeunesse à Limoilou.

Voir le souvenir précédent :

Le tour de l’Île avec grand-papa