Valérie Beaudry : la passion d’une pianiste limouloise

Valérie Beaudry : la passion d’une pianiste limouloise | 21 juillet 2022 | Article par Jean Cazes

Valérie Beaudry et des musiciens en performance à la place Limouloise dans le cadre de Limoilou dans la rue. 3 juillet 2022.

Crédit photo: Jean Cazes

En mai, Monlimoilou a rencontré Valérie Beaudry dans son studio de piano de la 3e Avenue. Volubile, l’artiste nous a entre autres parlé de son engagement dans le milieu culturel du quartier, où elle enseigne depuis son arrivée en 1995.

Originaire de la Gaspésie, Valérie Beaudry a grandi au sein, nous confie-t-elle, d’une « modeste famille » dont les « parents mélomanes et très débrouillards » avaient à cœur l’éducation musicale de leur quatre filles.

En plus du piano, autour duquel gravite son univers créatif, l’artiste et entrepreneure a d’autres cordes à son arc : peinture, photographie, gestion de ses deux sites web. Durant la pandémie, elle s’est même lancée dans la création et la vente de masques en tissu!

Mais avant tout, Valérie se consacre presque entièrement à l’enseignement personnalisé de son instrument de prédilection. Elle met aussi sa touche et prête sa voix à l’occasion à divers événements qui l’ont fait connaître dans le quartier.

D’où vient ta passion de la musique, du chant, du piano? Quel cheminement a mené à ta carrière actuelle?

Notre rencontre chez l’artiste et à son école le 4 mai dernier.
Crédit photo: Jean Cazes

« Ma fille chante tout le temps, on va l’inscrire en piano! », disait maman. Et c’est comme ça qu’à huit ans, j’ai commencé à pratiquer chez moi à Paspédiac. Maman jouait un peu de guitare à l’oreille : elle avait un talent naturel. Mon amour de la musique vient de son bord. Son père animait nos soirées familiales avec violon et accordéon et grand-maman l’accompagnait de sa voix.

Thérèse Brûlé.

Thérèse Brûlé, une enseignante en or, m’a donné mes premiers cours privés de piano. J’apprenais très vite. On avait découvert que j’avais l’oreille absolue, ignorant alors jusqu’à quel point ça m’aiderait plus tard. Ma prof m’avait transmis la rigueur de pratiquer chaque jour, été comme hiver.

Plus tard, j’ai obtenu un DEC dans le domaine médical à Rimouski. Mais dans les faits, mon rêve, c’était de me rapprocher de Québec pour étudier en musique. J’ai débuté ma formation au Cégep de Sainte-Foy. À Limoilou, je me suis fait un conjoint et parallèlement, j’ai travaillé dans une quincaillerie. Et je me suis inscrite à Laval en piano classique en 2001, ajoutant ensuite à ma formation universitaire des cours pour me surspécialiser en jazz. J’ai donc entrepris un deuxième bacc. Je travaillais dans un commerce et j’enseignais. Tout ça, en m’occupant de mon enfant. En 2005, j’ai pris une année de repos bien méritée…

Enfin, comme cadeau pour mes 40 ans, je me suis tapé en 2015 une maîtrise en didactique instrumentale. J’ai pu ainsi découvrir le piano dans tous ses styles musicaux, me donnant du coup une autre vision de l’enseignement qui m’aura bien servi depuis.

Quelles sont tes grandes sources d’inspiration, tes thèmes préférés?

Je dirais simplement que mes sources d’inspiration, c’est tout ce qui me tente de jouer au piano! Comme le jazz, bien sûr, davantage le « vieux » que le contemporain, qui m’ouvre sur un large univers de pièces. Pour moi, c’est la liberté totale. Côté classique, je suis aussi très attirée par des mélodistes comme Chopin. La musique romantique me laisse aussi une grande place à l’interprétation, à l’exemple des Nocturnes et des valses.

Publicité

Dans le « nouveau » classique, j’adore ce que fait la pianiste Alexandra Stréliski. Comme mélomane, j’ai aussi beaucoup analysé l’œuvre du jazzman Oscar Peterson. Je pense également à Clément Robichaud et à bien d’autres pianistes de Québec. Et j’aime la pop aussi : les Cowboys Fringants, Ariane Moffatt, Pierre Lapointe, Damien Robitaille qui est un super interprète très inspirant.

Cela dit, mon plus bel apprentissage, et celui que je recommande, c’est le temps : la maturité musicale évolue toujours… En vieillissant, je dois avouer que je trouve ça plus stressant, jouer devant les autres. C’est toujours un défi, même si j’adore ça. Et pour entretenir ma passion, dorénavant, je ne fais essentiellement que des événements ponctuels et à mon goût, avec des gens qui y participent.

Tu offres plusieurs services comme musicienne…

J’apprécie beaucoup que des gens m’invitent à leurs soirées pour interpréter au piano des pièces de leur choix et qu’on les chante ensemble. J’aime aussi visiter les résidences de personnes âgées quand mon horaire le permet, jouer de la musique d’ambiance dans les cocktails… Les mariages, c’est toujours le fun : au Petit séminaire, au Château, un peu partout en duo ou en trio avec des amis violonistes… J’ai joué entre autres avec Daniel Fréchette et Patrick Giroux du groupe Mauvais Sort.

Et bien sûr, j’aime toujours performer devant le public, même si apprendre de nouvelles pièces me demande beaucoup de travail. Mais avant tout, comme je l’ai laissé entendre précédemment, je préfère l’interactivité pour s’amuser ensemble autour du piano.

Olivier, élève de Valérie.

Si l’on revient à mon école, j’enseigne donc chez moi depuis 1995. Mon local, c’est aussi mon espace multi : studio de photo, salle de peinture, coin ordi… J’ai débuté à l’époque avec deux ou trois élèves. Maintenant, j’en ai une trentaine : des retraités qui viennent le jour, des jeunes après l’école, et je ne reçois que la semaine. Je fais de l’enseignement individuel, que j’aimerais éventuellement développer pour des groupes. Mes styles d’enseignement sont très variés, mais je souhaite avant tout que mes élèves prennent plaisir à jouer du piano. Ils me disent comment ils apprécient la flexibilité, la versatilité que je leur offre. Je montre aussi à certains la lecture de partitions, de pièces de jazz, pop ou autres.

L’apprentissage de cet instrument est comme pour celui d’une nouvelle langue : ça peut prendre deux ans avant d’y être à l’aise. Je les prends là où ils sont, en respectant leur rythme avec des pièces qu’ils aiment pour les motiver. On fait beaucoup de lecture de ces pièces tout en développant la technique. Pour ça, je m’installe au deuxième piano en accompagnant, le but étant de rendre le tout plus ludique, plus amusant.

Quelles sont les réalisations dont tu es particulièrement fière, dans le quartier?

L’événement Mobilisation en musique pour la paix en présence, sur la gauche, du consul Honoraire d’Ukraine, Eugene Czolij. 9 avril 2022.
Crédit photo: Jean Cazes

Je dirais d’abord, au début des années 2000, quand j’ai dirigé durant trois ans une chorale au Relais d’Espérance, un peu à l’exemple de celle de l’Accueil Bonneau, après avoir répondu à son annonce. J’avais un guitariste et un drummer pour accompagner les chanteurs. C’était super! On a fait entre autres des résidences pour personnes âgées. Ça m’a sensibilisée à l’univers de gens sans domicile fixe, sortant de prison ou aux prises de souffrances particulières. J’avais aussi comme ambition de produire un CD, mais ça dépassait le temps dont je disposais comme bénévole.

J’ai déjà joué aussi pour Leucan et Opération Enfant Soleil, entre autres, pour des collectes de dons que je continue à faire au moins une fois par année dans des causes qui me tiennent à cœur. Aussi, j’ai déjà été animatrice tout un été sur un bateau, le Dufour 2, avec chant, piano et guitare. C’était exceptionnel, je le referais n’importe quand!

En 2014, j’ai participé au Piano dans la rue, sur la 3e Avenue. Je demeurais tout près à l’époque. Je m’occupais du piano, j’y jouais quelques fois. Avant l’événement, j’avais communiqué avec Arnaud Bertrand, que je connaissais bien parce que j’enseignais à son fils, et Jean-François Girard, le directeur de Limoilou en Vrac, puisque j’avais déjà été impliquée dans sa mise sur pied. Et c’est comme ça que j’en suis venue à faire partie du lancement comme artiste.

La chorale de Mobilisation en musique pour la paix.

En avril dernier, il y a eu l’événement Mobilisation en musique pour la paix, que j’ai organisé parce que la guerre en Ukraine me touchait profondément. J’ai pensé à mes élèves de Jean-de-Brébeuf, où j’enseigne aussi le français. Je leur ai rappelé que leur école est engagée dans la paix. J’ai pensé à un karaoké, je leur ai présenté des pièces avec l’idée qu’il est possible d’unir nos voix dans une force commune.

J’ai contacté Jean-François Girard pour lui soumettre le projet de jouer dehors, et à cause de différentes contraintes, on a convenu que ça se tiendrait à la Pointe-aux-Lièvres, le 9 avril, après un report d’une semaine parce que j’avais attrapé la COVID. Grâce à un contact, nous avons pu recevoir le consul Honoraire d’Ukraine : ça m’a vraiment impressionnée. J’ai été comblée par la réussite de l’activité agrémentée d’une petite chorale d’enfants. À la fin, j’ai vraiment été touchée lorsque les Ukrainiens ont chanté leur hymne. Et cela a permis une petite collecte de dons pour la Croix-Rouge!

Mobilisation en musique pour la paix m’a donné suffisamment de confiance pour organiser éventuellement d’autres événements en fonction de mes valeurs. Rassembler des gens autour d’un piano, je préfère ça que d’être sur scène. Je ne veux pas être une vedette, je veux être simplement celle qui rassemble les gens, et c’est ça qu’on dit de moi.

 

Pour conclure, si l’on parlait de ton attachement au quartier?

Valérie
Valérie inaugurant le Piano dans la rue. 11 juin 2014.
Crédit photo: Jean Cazes

Limoilou, c’est une vie de quartier dans Québec. Je suis profondément attachée au Vieux-Limoilou. Depuis 1995, j’y ai vécu dans sept logements, toujours entre la 10e et la 17e Rue, et je constate ici l’évolution de la vie familiale, de la belle réputation du quartier, alors qu’à mon arrivée, ça se battait, sur la 3e Avenue! Les piliers que sont par exemple Jean-François Girard et ses acolytes comme Alain Slythe du Bal du Lézard, puis la SDC 3e Avenue, ont contribué à redorer l’image de mon quartier.

Dans mes projets, je songe d’ailleurs à recréer un petit groupe de musique identifié au quartier avec mon chum bassiste. Et, qui sait, à m’impliquer dans d’autres formes d’engagements comme je l’avais fait pour le Relais d’Espérance.

L’un des vœux de Valérie Beaudry, s’engager pour le retour du piano public, s’est réalisé en juillet. À Limoilou dans la rue, on la verra entre autre les mercredis et dimanches lors des « jams trad »! On peut aussi visiter le site web de Valérie Beaudry et la suivre sur sa page Facebook.

Lire aussi :

Les pianos publics reviennent enchanter les quartiers

Une autre artiste à découvrir :

Suzanne Cayer : l’art au service d’élèves handicapés

Soutenez votre média

hearts

Participez au développement à titre d'abonné et obtenez des privilèges.

hearts
Soutenir