Ici vécut: Rosanne Laflamme, au 115, 9e Rue

On retrouve sur différents immeubles de Québec 135 plaques Ici vécut. Elles rappellent à nos mémoires des personnes qui ont marqué à leur façon l’histoire de la ville. Pionnière du sport adapté et militante pour les droits des personnes handicapées, Rosanne Laflamme (1937-1991) a laissé sa marque à Québec et dans le quartier Limoilou.

<em>Ici vécut</em>: Rosanne Laflamme, au 115, 9e Rue | 5 août 2023 | Article par Simon Bélanger

Rosanne Laflamme a vécu dans un appartement au 115, 9e Rue, dans le Vieux-Limoilou.

Crédit photo: Simon Bélanger - Monlimoilou

On retrouve sur différents immeubles de Québec 135 plaques Ici vécut. Elles rappellent à nos mémoires des personnes qui ont marqué à leur façon l’histoire de la ville. Pionnière du sport adapté et militante pour les droits des personnes handicapées, Rosanne Laflamme (1937-1991) a laissé sa marque à Québec et dans le quartier Limoilou.

Privée de trois de ses quatre membres, Rosanne Laflamme n’a pas laissé son handicap la ralentir bien longtemps.

Grande sportive, une campagne a même été menée dans certains médias pour qu’elle inaugure les Jeux olympiques de Montréal en 1976, un honneur réservé à nulle autre que la reine Élisabeth II !

Terrible accident

(Note : Les prochains paragraphes décrivent une scène assez difficile.)

Rosanne Laflamme voit le jour le 25 mars 1904. Durant ses premières années de vie, elle demeure sur une ferme de Saint-François-de-la-Rivière-du-Sud, tout près de Montmagny.

Le 18 juillet 1940, alors que la petite Rosanne n’a que trois ans, son père Edgar est occupé à faire les foins avec sa faucheuse. Il ne s’était pas rendu compte que sa fille s’était approchée tout près de lui, alors qu’elle cueillait des fraises dans le champ.

Avant même que son père ne s’en rende compte, Rosanne Laflamme avait été happée par la faucheuse, qui avait estropié sauvagement la petite fille.

« Mes jambes étaient sectionnées en bas des genoux, mon bras droit coupé à l’articulation, ma main gauche déparée de trois doigts et mes fesses privées de chair », écrit Rosanne Laflamme, dans son autobiographie Rosanne : un seul membre… mais une volonté de fer.

Après l’accident, elle est conduite de toute urgence à l’Hôtel-Dieu de Lévis. Les chances de survie sont faibles pour plusieurs, alors qu’une religieuse demande au médecin si elle ne « serait pas mieux morte ».

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Le chirurgien recoud ses moignons et elle reste deux mois en convalescence à l’hôpital.

Après sa sortie, elle retourne vivre avec sa famille. Le cordonnier du village lui confectionne des genouillères adaptées à sa nouvelle condition, constituées de semelles de cuir attachées à ses genoux.

Dans son autobiographie, elle se réjouit de ne pas avoir été surprotégée par ses parents, qui lui demandaient d’accomplir certaines tâches. Ses frères et sœurs l’intégraient aussi dans leurs activités.

 Adolescence plus difficile

Rosanne Laflamme fréquente l’école de rang de l’âge de 6 à 10 ans. Elle fait ensuite son entrée chez les Sœurs de la Congrégation, au couvent de Montmagny. Elle envisage alors de faire son entrée en religion.

La jeune fille vécut cependant un grand épuisement, alors que l’horaire du couvent était trop exigeant pour ses capacités physiques. Elle abandonne ses études avant la fin de sa 7e année.

Rosanne Laflamme retourne vivre sur la ferme familiale. Elle commence à ce moment à ressentir la solitude.

« Je demeurais sur la ferme de mes parents, loin du village, de mes amis, ce qui ne me permettait pas d’entretenir des liens étroits avec les jeunes de mon âge. Les hivers étaient longs dans le rang du sud pour une jeune fille qui se surprenait à rêver du Prince Charmant ! », écrit-elle.

La jeune femme vit une importante déception amoureuse, après une première relation de six mois, dont elle a de la difficulté à se remettre.

« J’avais profondément honte de ce corps, non seulement mutilé, mais aussi couvert de psoriasis, qui me reléguait au rang des êtres peu attirants. Je me considérais une fille abandonnée, condamnée à la solitude », lit-on dans son livre.

À 20 ans, elle commence à travailler comme bonne à tout faire dans les maisons des environs. Elle entre par la suite comme cuisinière au couvent de Montmagny.

Déménagement à Québec et retour aux études

Au début de la vingtaine, Rosanne Laflamme connaît donc ses premières expériences de travail, mais elle désire un meilleur emploi mieux rémunéré.

Elle se rend dans un centre de main-d’œuvre de Québec, où on l’encourage fortement à retourner sur les bancs d’école, pour être mieux qualifiée.

Rosanne Laflamme, sur une photo prise en 1975.

 

Malgré l’hésitation, Rosanne Laflamme entame, à 24 ans, une formation de deux ans en secrétariat. Elle termine finalement son cours un an à l’avance.

« Je mettais les bouchées doubles, car je savais que je franchissais une étape déterminante de ma vie. Plus que tout au monde, je voulais me tailler une place au soleil », écrit-elle dans sa biographie.

En 1963, elle finit par se retrouver elle-même devant la classe. Rosanne Laflamme a effectivement enseigné la sténographie française et anglaise au Collège O’Sullivan, qui se trouvait à l’époque dans Limoilou.

Renaissance sportive

Rosanne Laflamme a longtemps été complexée par son apparence physique et son poids. Le sport lui a « redonné le goût de lutter, de forger [s]on propre bonheur ».

Elle fait la rencontre de Jacques Vanden Abeele, alors professeur d’éducation physique à l’Université de Sherbrooke. Il a offert un stage de trois jours d’initiation aux sports pour personnes handicapées.

« C’est lui qui le premier me fit miroiter les avantages de faire du ski, de la natation, tout en m’invitant chaleureusement à pratiquer ces sports. »

Rosanne Laflamme ne se contente pas d’une pratique sportive en dilettante : elle participe à des compétitions internationales.

En 1971, elle participe d’abord aux Jeux provinciaux pour handicapés à Laval, où elle remporte trois médailles d’or et le titre de meilleure athlète de la journée.

Rosanne Laflamme en ski alpin, en 1975.

Deux ans plus tard, elle est invitée à Courchevel, en France, où elle se retrouve à une compétition internationale de ski alpin pour représenter le Canada.

En 1975, elle récidive lors des Jeux internationaux pour handicapés à Saint-Étienne, où elle est aussi chef de délégation et unique représentante canadienne.

Alors qu’elle était la seule athlète amputée de trois membres, Rosanne Laflamme se mérite quand même l’or au lancer du poids, l’argent au javelot ainsi que le bronze en natation. De plus, elle repart avec le titre d’athlète la plus méritante des Jeux.

Conférencière et militante

En plus de sa carrière sportive, Rosanne Laflamme s’implique publiquement dans la défense des personnes handicapées. Elle prend position pour réclamer davantage de mesures pour que les gouvernements et les employeurs fassent davantage d’efforts pour l’intégration des personnes avec un handicap.

Rosanne Laflamme anime également plusieurs conférences. En 1976, elle est invitée par l’animatrice de télévision Lise Payette à un déjeuner-causerie de la Chambre de commerce de Montréal. Celle qui deviendrait ministre plus tard dans l’année a d’ailleurs écrit la préface de l’autobiographie de Rosanne Laflamme.

« Qu’elle ait réussi le tour de force extraordinaire, qu’après quelques minutes en sa présence, on oublie totalement qu’elle n’a plus de jambes et qu’elle n’a qu’un bras, pour ne voir dans son regard que cette lumière où se reflète le goût de vivre et d’apprendre, mériterait une médaille d’or », soulignait Mme Payette.

Rosanne Laflamme s’est éteinte le 18 juillet 1991, à l’âge de 54 ans, à l’Hôtel-Dieu de Montmagny. Par un hasard de circonstances, elle est décédée le jour même où elle fut admise au même hôpital, lors du funeste accident qui lui a coûté trois de ses membres.

En plus de l’épigraphe apposé sur son ancien appartement de Limoilou pour rappeler sa vie, un parc et un centre sportif de Longueuil portent aujourd’hui son nom.

Une section du site de la Ville de Québec rassemble la liste des plaques Ici vécut.

Sources:

Laflamme, Rosanne, Rosanne : Un seul membre… mais une volonté de fer, Les Éditions Héritage, 1976

Roy, François, Le Soleil, “Le décès de Rosanne Laflamme crée un grand vide à l’APHQ“, 21 juillet 1991, p. A-4, Bibliothèque et Archives nationales du Québec.

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