Qualité de l’air : nouveaux rapports, mêmes constats

La Direction de santé publique du Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux (CIUSSS) de la Capitale-Nationale déposait lundi deux rapports sur la qualité de l’air, dont celui du projet Mon environnement, ma santé (MEMS).

Qualité de l’air : nouveaux rapports, mêmes constats | 13 mars 2023 | Article par Suzie Genest

Crédit photo: Suzie Genest

La Direction de santé publique du Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux (CIUSSS) de la Capitale-Nationale déposait lundi deux rapports sur la qualité de l’air, dont celui du projet Mon environnement, ma santé (MEMS).

Le projet MEMS visait à décrire les concentrations dans l’air des particules fines, du dioxyde d’azote, du nickel et d’autres métaux dans Limoilou-Vanier-Basse-Ville. Il se penchait aussi sur les effets de ces contaminants sur la santé. En outre, le projet a pris en compte le bruit. Le directeur de la santé publique, le Dr André Dontigny, et le Dr Philippe Robert, médecin en santé publique, ont présenté le rapport aux médias lundi matin.

Les constats et recommandations du rapport MEMS rejoignent ceux du rapport du Groupe de travail sur les contaminants atmosphériques (GTCA) dévoilé le 31 janvier. Il met en lumière  particules fines, dioxyde d’azote, nickel. Il pointe vers les transports, les activités industrielles et commerciales, le chauffage au bois.

Particules fines : « problèmes de santé prioritaires »

Les particules fines touchent particulièrement Saint-Roch, Saint-Sauveur, le Vieux-Limoilou.  À l’échelle de la ville, selon les données de Santé Canada (2021), elles s’avèrent responsables de 270 décès par an. Elles engendrent aussi des séjours hospitaliers pour 157 personnes annuellement. Pour les personnes asthmatiques, elles causent 30 000 journées de symptômes. On évalue les coûts de mortalité prématurée qui leur sont associés à 2 milliards. La perte de productivité, de qualité de vie et de la souffrance se chiffre à 120 M$.

MEMS note que les taux de particules fines sont plus élevés en hiver, dans tous les secteurs concernés. Elles augmentent en soirée.

« On pense que c’est en bonne partie le chauffage au bois dans plusieurs secteurs », a indiqué le Dr Robert.

On relève peu de variations dans les secteurs. Les « particules fines voyagent rapidement » lorsque transportées par les vents, a-t-on expliqué. On note « des sources qui sont diffuses », de plusieurs directions.

Concernant le dioxyde d’azote, les résultats de MEMS pointent vers la proximité des autoroutes, chemins de fer, bateaux. Contrairement aux particules fines, on observe ainsi des variations entre les rues, en fonction de leur distance par rapport aux voies de transport.

Du côté des métaux, « le nickel se démarque » dans le Vieux-Limoilou et en Basse-Ville. Il y en davantage lorsque les vents proviennent du Nord-Est, du fleuve au port vers le Vieux-Limoilou et la Basse-Ville.

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Pour le nickel, le risque sur la santé s’avère « très faible mais pas nul ». On note un dépassement de la norme « environ une journée sur 30 ». Néanmoins, on vise « le plus bas niveau raisonnablement possible d’atteindre ». « On pense que c’est encore possible de diminuer, surtout les pics », a illustré le Dr Robert.

Neuf recommandations

Neuf recommandations ressortent de MEMS.

  1. L’accélération de la transition vers la mobilité durable et la réduction de la circulation routière dans Limoilou-Vanier-Basse-Ville.La bonification de la réglementation sur le chauffage au bois et le renforcement de la sensibilisation à son impact sur la santé.
  2. L’augmentation des efforts de verdissement et de déminéralisation.
  3. Des plans d’action pour réduire les émissions des transports lourds, maritimes et ferroviaires sont également recommandés.
  4. L’intensification de la réduction des émissions dans les secteurs industriels, commerciaux, institutionnels, et l’accélération de la transition vers des énergies propres. Cela inclut de réduire à la source la production de matières résiduelles.
  5. La poursuite des mesures pour atténuer les poussières émises par les chantiers et travaux, par la circulation routière, par les activités industrielles et portuaires.
  6. De nouvelles mesures d’atténuation pour « minimalement respecter la norme québécoise » sur le nickel.
  7. La mise en place d’une instance réunissant tous les secteurs à l’échelle de la Communauté métropolitaine de Québec. (Lors de la présentation, on a noté que les comités en place pour veiller sur la qualité de l’air ne réunissent pas tous les acteurs nécessaires et concernés.)
  8. L’adoption de cibles intermédiaires pour les particules fines et le dioxyde d’azote. Ces cibles doivent permettre de « tendre vers les lignes directrices de l’OMS [Organisation mondiale de la santé] à long terme ».

« Nouvel élan »

Relancés par les journalistes quant à leur perspective sur un potentiel 3e lien, la hausse de la norme de nickel, la part de responsabilité du Port de Québec, le directeur de la santé publique André Dontigny et Philippe Robert se sont faits prudents.

Concernant le 3e lien, ils auront à se prononcer lors du BAPE, a dit le Dr Dontigny. Quant au nickel, il a rappelé la prise de position commune des directeurs de santé publique l’an dernier. Enfin, concernant le nickel, « on nomme que ça semble venir du Port, oui, oui », a consenti le Dr Robert. Le Dr Dontigny a ajouté :

« Ça nous apparait venir de là, c’était les conclusions du ministère de l’Environnement en 2013 et on va dans le même sens. »

MEMS n’était « pas une fin en soi, mais on estime qu’on est dans un nouvel élan », a dit le directeur de la santé publique. Un élan qui doit être donné par l’effort collectif et des choix de société conséquents. Ces efforts et choix doivent être « compatibles avec un avenir décarboné et propre », qu’il s’agisse d’économie comme d’aménagement ou de transport, a-t-il explicité.

Pour la suite, les Drs André Dontigny et Philippe Robert entreprennent une tournée de présentation du rapport MEMS. Elle débute ce soir, 13 mars, à 19 h au Centre Horizon et en ligne. Les différents conseils de quartiers du Grand Limoilou, de Vanier, Saint-Roch, Saint-Sauveur l’accueilleront par la suite d’ici mai. Le conseil de quartier du Vieux-Québec-Cap-Blanc-Colline-parlementaire la recevra aussi, à une date à déterminer.

Documents disponibles

MEMS bénéficiait d’un budget de quelque 400 000 $. Le processus impliquait 14 stations d’échantillonnage pour les particules fines. Pour le dioxyde d’azote, l’ozone et le bruit, il utilisait 60 stations portables d’échantillonnage de l’air et de sonomètres. Une station mobile a effectué des trajets déterminés par une « méthode statistique aléatoire », trois jours par semaine durant une année. On retrouve la documentation de MEMS en ligne.

Le second rapport dévoilé lundi a été produit sous la responsabilité de l’Institut national de santé publique du Québec. Il dresse un « Portrait de la pollution de l’air à Québec et de certains de ses impacts sur la santé des résidents des territoires des CLSC Limoilou-Vanier et Québec-Basse-Ville ». On peut le consulter en ligne également.

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