Une page se tourne pour Caravane Coop

Caravane Coop a annoncé cette semaine sa dissolution. Personne ne s'est présenté pour former un nouveau conseil d'administration. Le manque d'aides extérieures financières et le statut de coopérative font partie des causes principales de cette dissolution. La fermeture définitive est donc prévue cet été.

Une page se tourne pour Caravane Coop | 17 mai 2024 | Article par Anne Charlotte Gillain

Le conseil d'administration a voté la dissolution de Caravane Coop. La fermeture définitive se fera en juin.

Crédit photo: Courtoisie Celeste Bliss

Caravane Coop a annoncé cette semaine sa dissolution. Personne ne s’est présenté pour former un nouveau conseil d’administration. Le manque d’aides extérieures financières et le statut de coopérative font partie des causes principales de cette dissolution. La fermeture définitive est donc prévue cet été.

« Depuis le début, Caravane Coop fonctionne surtout avec le bénévolat. Le CA qui est bénévole, faisait encore beaucoup de travail. Quand on avait fait le tour des solutions possibles et qu’il fallait en imaginer des nouvelles, le CA actuel était un peu épuisé», révèle la présidente du conseil d’administration de Caravane Coop.

« On arrivait à un nouveau tour des élections et personne d’autre ne s’est présenté pour reprendre le flambeau. Ce n’est pas si surprenant. Quand un organisme ne va pas très bien, les gens n’ont pas vraiment le goût de s’y mettre », convient Amélie Gadbois.

Pour le moment, Caravane Coop est encore ouverte, mais fermera définitivement en juin.

« On a une aide du centre de création Limoilou jusqu’à la fin du mois de juin. Ils sont prêts à nous accompagner dans la fermeture, afin de poser les actions légales et écouler le matériel », indique Mme Gadbois.

« On essaie fortement de fermer Caravane Coop en pouvant rembourser tout le monde, c’est-à-dire les gens qui ont payé des abonnements n’ayant pas pu les compléter ou utiliser tous leurs accès et rembourser les parts sociales. »

La forme de coopérative en cause

Le statut de Caravane Coop a toujours rendu les choses plus complexes.

« Ça a été mis sous forme de coop, parce que la première idée était d’être un lieu partagé entre des artistes qui payaient de façon commune le loyer », explique la présidente du CA.

« Donc, les gens s’engageaient à l’année à payer ensemble ce lieu d’entraînement. Au départ, c’est pour cette raison qu’on a imaginé la forme de coop. Après l’ouverture, le besoin était finalement plus ponctuel. Cela a beaucoup changé la formule de paiement et l’engagement des personnes. Les gens payaient plutôt à la fois et une petite portion payait seulement à l’année », précise Amélie Gadbois.

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Une autre explication est le fait que les artistes de cirque ont tendance à beaucoup se déplacer.

« Ceux qui sont à Québec sont souvent en formation. Après ça, ils partent, ils trouvent des contrats et ils reviennent pour quelques mois. À cause de cette formule-là et la façon de fonctionner des artistes, on a toujours eu une certaine difficulté », avoue Mme Gadbois.

Caravane Coop fonctionne aussi avec très peu d’aides de l’extérieur, compte tenu de sa structure en tant que coopérative.

La mission, elle-même, d’être un lieu d’entraînement ne cadre pas avec des organismes à proprement parler.

« Dans le libellé et dans la compréhension de ce qu’on était, ça ne passait pas au niveau des subventions », regrette la présidente du conseil d’administration de Caravane Coop.

« Pour se reformer en OBNL, il faut fermer la coop et créer un nouvel organisme. On n’exclut pas que cela arrive, mais ce n’est pas le cas pour l’instant. C’est aussi une question de force de travail et de main d’œuvre. »

« Une activité non lucrative, mais un service pour les artistes de cirque »

Selon ses dires, « l’activité de Caravane Coop en tant que telle n’est pas lucrative, puisqu’il s’agit d’un service aux artistes de cirque ».

« Ce service ne s’adresse pas seulement aux professionnels. Ce sont aussi les artistes en voie de devenir des professionnels, ceux qui suivent des formations et qui veulent continuer à développer leur art sans en faire une carrière. Ça peut être des gens qui ne sont pas nécessairement passer par une école », fait remarquer Amélie Gadbois.

Pour Caravane Coop, il était compliqué de faire suffisamment d’argent quand on n’est pas forcément une activité lucrative. Le contexte actuel avec l’inflation n’a pas aidé non plus.

« Avec les loyers qui augmentent, on a encore moins de protection sur les loyers commerciaux. Récemment, on a eu un gros coup. Le loyer du local qu’on occupait avant, le propriétaire voulait pratiquement doubler le loyer qu’on payait. Pour nous, ce n’était plus soutenable », laisse tomber la présidente du conseil d’administration de Caravan Coop.

Pour la Coop, ça leur coûtait plus cher de fonctionner.

« Comme on a dû augmenter leurs frais mais avec des services moindres, des artistes ayant accès à l’École de cirque y sont retournés. L’École de cirque est ouverte à l’entraînement uniquement aux professionnels reconnus. Donc, on a quand même perdu une clientèle… »

Pourtant, offrir un lieu d’entraînement constitue un service essentiel pour les artistes de cirque.

« Un artiste de cirque ne peut pas juste créer un numéro et aller le faire dans un spectacle sans avoir pratiquer pendant un mois. Il faut continuellement travailler sa souplesse et le numéro. Puis, un lieu d’entraînement est aussi un lieu de création », souligne Amélie Gadbois.

« C’est important parce que c’est un des services qui fait que les artistes restent à Québec et ne partent pas à Montréal. Là-bas, ce service-là est déjà comblé par différents organismes avec des lieux pour la création et l’entraînement.  Notre soutien à la communauté circassienne servait à d’autres arts connexes. Ce n’est pas normal que ce soit si difficile d’assurer ce service-là et de devoir travailler bénévolement avec un soutien minimal », résume cette dernière.

Caravane Coop a pour mission de permettre à la communauté de cirque et des arts connexes à Québec de s’entraîner dans un lieu adapté avec le matériel et l’espace nécessaire. 

Cet article a été produit par Anne Charlotte Gillain, journaliste de l’Initiative de journalisme local. 

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