Au Trait d'Union : une nouvelle maison contre le décrochage scolaire | 23 octobre 2021 | Article par Viktoria Miojevic

Inauguration du Pavillon Gilles Huot, le deuxième établissement de l'organisme Au Trait d'Union. De gauche à doite, les représentants de Desjardins, Gilles Huot fondateur de l'organisme et à droite, le Ministre de l'éducation, Jean-François Roberge.

Crédit photo: Viktoria Miojevic

Au Trait d'Union : une nouvelle maison contre le décrochage scolaire

Les besoins sont criants contre le décrochage scolaire, à Limoilou, nous rappelle l’inauguration d’une deuxième maison Au Trait d’Union. C’est maintenant 30 jeunes de 12-30 ans qui auront l’aide nécessaire pour décrocher un diplôme. Avec leurs intervenantes, Amélia et Anne nous ont raconté leur parcours contre le décrochage scolaire.

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Des besoins importants

Située sur la 26e Rue à Limoilou, ce nouveau point de services était attendu par les équipes de l’organisme, au vu des besoins et des listes d'attente.

Depuis 1998, Au Trait d’Union soutient les populations les plus vulnérables. Pas moins de 1000 jeunes ont bénéficié de ces services contre le décrochage scolaire, avec un taux de réussite de 80 %. Service de jour et de soir, accompagnement psycho-social, soutien scolaire, activités et lien social sont au cœur des missions proposées quotidiennement.

À l’occasion de cette inauguration, le ministre de l’Éducation Jean-François Roberge était présent, ainsi que le fondateur Gilles Huot. La fille de ce dernier, présidente de l’organisme, accompagnait la directrice générale, Marie-Pier Lévesque.

 Remise de la plaque Pavillon Gilles Huot de la maison Au Trait d'Union.
Un moment d'émotion a suivi les discours, lors de la remise de la plaque Pavillon Gilles Huot. Le fondateur venait d'apprendre que son équipe avait décidé de nommer l'espace en son nom.

Cette inauguration a été un moment d’émotion pour les équipes qui travaillent, au jour le jour, pour mener ces jeunes vers la diplomation. Cette rencontre était l’occasion de rappeler la vocation de l’organisme, sa genèse et le travail réalisé depuis 1998. Afin d'honorer le travail du fondateur, Gilles Huot, le deuxième point de service porte désormais son nom.

Intimidation et décrochage scolaire

Anne est arrivée récemment au Trait d’Union. Elle quittait le secondaire, au bord du décrochage. Après une première rencontre avec son intervenante et adjointe clinique, Martine Arcand, elle découvre les règles de cette nouvelle « maison ». Elle décide alors de poursuivre ses études, malgré les expériences qui l’ont poussée à remettre en question son parcours scolaire.

« Il y a de l’aide personnelle, de l’aide émotionnelle. Si ça ne va pas bien, tu peux t’assoir et dire tout ce que tu veux dans le respect. Que ça sorte avec de la colère ou positif. Tu peux te sentir à l’aise », explique Anne sur son expérience.

Au secondaire, Anne subissait de l’intimidation. La situation a duré pendant près d’un an. Après un changement d’établissement, « l’intimidation est revenue et les mauvaises influences », se souvient Anne. C’est pour ces raisons qu’elle a quitté le milieu scolaire pour rejoindre Au Trait d’Union. « Ça m’a enlevé un gros poids sur les épaules », ajoute-t-elle. À l’école, elle avait trouvé l’espace pour dénoncer ce qu’elle subissait, mais elle n’a pas reçu l’accompagnement et l'écoute dont elle avait besoin.

Amélia est arrivée Au Trait d’Union après une visite de jour. Exclue de son établissement, au temps des faits, elle était la source d’intimidation. « Les intervenant.e.s s’adaptaient à nous, ils étaient vraiment là émotionnellement. Ils nous écoutaient vraiment ».

Cette écoute a permis à Amélia de comprendre ses émotions puis de se les approprier. Auparavant suivie par des psychologues, elle a préféré le soutien des intervenant.e.s de l’organisme.

« Les intervenant.e.s qui sont ici avec moi, même s’ils n'ont pas le titre de psychologue, ont le charme d’être là pour nous puis d’arriver le matin et de savoir si on va bien », décrit Amélia.

« Comme une petite famille »

Amélia rappelle qu'au secondaire, les professeur.e.s n'ont pas la possibilité ou le temps d'échanger pour savoir si les étudiant.e.s vont bien. Au Trait d'Union, la jeune se sent comme dans « une petite famille ».

Anne ajoute que dans cet organisme, chaque personne a son vécu et tout le monde est sur un même pied d'égalité, à s'entraider. Grâce à cette entraide, « on peut se dire qu'on est pas les seules, dans ce monde, à avoir eu de la misère », rappelle Anne.

En arrivant le matin, les jeunes peuvent se nourrir, partager un repas. Ensuite, ils font leurs devoirs à l'étage du bas. Il y a aussi des pauses de 15 minutes tout au long de la journée. Pour le dîner, les jeunes se réunissent autour d'une grande table. Comme un jeu, des questions drôles ou plus personnelles sont tirées au hasard. Ils y répondent de façon conviviale pendant le repas. Ces questions leur permettent de se connaître et de prendre collectivement conscience de leurs réalités.

Les deux jeunes incitent ceux et celles qui subissent de l'intimidation à en parler, à chercher de l'aide, même si certaines personnes pensent pouvoir tenir le coup. « Il y a des limites à tout », indique Anne. Aussi, elle encourage ces jeunes à penser à eux, avant de penser aux autres.

80 % de réussite

Martine Arcand et Noémie Langlais-Claveau, de Au Trait d'Union
À droite, l'adjointe clinique Au Trait d'Union, Martine Arcand et Intervenante responsable de soir, Noémie Langlais-Claveau.
Crédit photo: Viktoria Miojevic

Après une expérience avec Le Marginal, l'adjointe clinique de Au Trait d'Union, Martine Arcand, a eu envie de faire une plus grande différence. « C'est vraiment un don de soi. Nos jeunes, ils partent pas tous à la même distance », raconte-t-elle. Avec ce travail, elle souhaite offrir une chance à chaque individu de partir égal puis de progresser dans la société. « Chacun a un potentiel à l'intérieur de lui, plus on commence tôt, plus on peut le faire ressortir », ajoute l'intervenante.

Intervenante responsable de soir, Noémie Langlais-Claveau, a commencé à travailler avec des aînés. C'est dans le milieu communautaire qu'elle a trouvé sa place, avec les jeunes. « C'est le fait de les accompagner au quotidien, la relation qu'on crée avec eux, la complicité qui continue de grandir à travers le temps », confie la jeune intervenante. C'est le fait d'avoir un impact « petit, moyen, grand » qui la motive.

« Comme disait la directrice, Marie-Pier Lévesque, dans son discours d'inauguration, c'est pas l'argent que tu fais dans le communautaire mais les exploits des jeunes que tu vois qui font que ma mission est accomplie », conclut Noémie Langlais-Claveau.

Chez les 20­ % de jeunes dont la route ne mène pas aux diplômes, les intervenantes identifient souvent des facteurs sociaux. Contexte familial, milieux défavorisés et consommation font partie de ces facteurs qui mènent ces jeunes vers d'autres parcours de vie. Martine Arcand rappelle aussi que certains doivent quitter l'école jeunes pour travailler et subvenir à leurs besoins.

Des pistes de solution

Martine Arcand est confiante que le suivi reçu Au Trait d'Union leur reste essentiel.

« Ces jeunes, ça leur prend quelqu'un qu'ils peuvent identifier comme personne ressource. »

Elle espère aussi qu'il existera, dans le futur, plus de milieux alternatifs, encore plus créatifs, pour accompagner les jeunes de la société d'aujourd'hui.

Au bénéfice de l'organisme, le GALA ACCROCHE-COEUR aura lieu le 13 mai 2022 avec des humoristes. Il sera animé par Jean-Michel Anctil, cofondateur de l'organisme, et Sébastien Ouellet.