Le tour de l’Île avec grand-papa | 24 juillet 2022 | Article par Monlimoilou

Carte postale des années 1960 montrant le pont de l’île d’Orléans, vu de l’île.

Crédit photo: lachutemontmorency.com

Le tour de l’Île avec grand-papa

Auteur de D’Irlande, de Limoilou et d’ailleurs, Denys Hawey partage pour nos lecteurs et lectrices ses souvenirs de jeunesse. L'auteur évoque aujourd'hui une visite de l'Île d'Orléans en fonction d'une tradition familiale bien d'époque : les « tours de machine ».

Quand nous étions âgés de cinq ou six ans, dans les années 1960, mon jumeau Richard et moi aimions bien faire une promenade du dimanche en auto avec nos parents.

Par un beau dimanche d’été, il arrivait que mon père invite aussi ses parents à nous accompagner pour faire le tour de l’Île. L’Île d’Orléans, évidemment.

Le « rituel » imposé des chemins de croix...

Mon grand-père Hawey avait gardé des souvenirs très heureux de ses Noëls d’enfant, passés chez les parents de sa grand-mère, la famille Jalbert de la paroisse de Saint-Pierre.

Une croix de type instruments de la passion dans la municipalité de Saint-François, à l’Île d’Orléans, en 2013.
Une croix de type instruments de la passion dans la municipalité de Saint-François, à l’Île d’Orléans.
Crédit photo: Jacques Harvey (2013)

Il aimait nous rappeler comment il se préparait à faire le trajet de la basse-ville, dans la paroisse de Saint-Sauveur où il demeurait, dans une carriole, équipée de pierres chaudes pour les pieds et de grosses peaux d’animaux, traversant le fleuve par le « pont de glace ».

Nous nous engouffrions alors sur cette mince voie du pont qui permettait d’accéder à l’île, sans savoir vraiment quand nous pourrions enfin en sortir avec les bouchons interminables que nous, promeneurs du dimanche, formions sur la route de retour.

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Mais ce qui était le plus éprouvant pour nous, c’était cette pratique que mon grand-père avait de s’arrêter à chaque croix de chemin installée sur le bord de la route, qu’elle soit publique ou privée. Mon père, qui connaissait bien les habitudes de grand-papa, n’attendait pas qu'il lui demande d’arrêter. Il s’exécutait aussitôt.

Grand-papa sortait de l’auto pour faire sa dévotion devant la croix. J’imagine qu’il récitait une prière, probablement un « Je vous salue Marie », car il la vénérait particulièrement.

Pendant ce temps, nous demeurions assis dans l’auto et nous attendions que grand-papa nous rejoigne. Avant de reprendre place dans la voiture, il lui arrivait d’allumer subrepticement une cigarette, espérant que grand-maman ne le voie pas. Auquel cas, grand-maman le sermonnait sans égard à notre présence :

« Viande-à-chien, Jean-Maurice! T’as pas assez de nous faire poireauter à chaque croix de chemin! Il faut, en plus, que tu nous empestes avec ta boucane! »

À terme, grand-maman avait obtenu qu’on n’arrête plus aux croix de chemin. Grand-papa se contentait de se signer : « Au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit ». Par contre, quand nous croisions une chapelle de procession, ou les églises de paroisse, nous faisions un arrêt obligatoire, certains pour s’étirer les jambes, d’autres pour réciter une prière… et pour brûler une clope.

Legs pour ses deux enfants et leurs propres enfants, D’Irlande, de Limoilou et d’ailleurs a fait l’objet d’un article sur Monlimoilou. L'histoire de famille et la vie de jeunesse de Denys Hawey, qu'il raconte en 426 pages enrichies de photos, est disponible exclusivement à la Librairie Morency.

Le texte qui précède fera aussi partie d’un recueil de nouvelles à paraître en formats papier et numérique : « Mes entrailles bénies - Anecdotes de jeunesse à Limoilou ».

Lire le souvenir précédent :

La pêche à l’éperlan au port de Québec